Auteur : Edgar Allan Poe
Date de saisie : 18/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : LGF, Paris, France
Collection : La pochothèque
Prix : 26.00 € / 170.55 F
GENCOD : 9782253131205
Sorti le : 22/11/2006
Orphelin dès l'âge de deux ans, mal aimé de son père adoptif, puis rongé toute sa vie par les soucis d'argent, par la drogue et l'alcool, Edgar Poe a sans doute eu pour destinée ce que Baudelaire appelait une «lamentable tragédie» - une tragédie que n'a pas rachetée l'accueil incertain que les Américains ont réservé à l'oeuvre de cet enfant de Boston qu'ils se sont toujours refusé à considérer comme un écrivain capital. Et cependant, quelques années seulement après sa mort, l'Europe s'empare de son oeuvre, Baudelaire traduit plusieurs oeuvres en prose, Mallarmé certains de ses poèmes : la renommée de Poe est immense, et bientôt Valéry pourra évoquer à bon droit «tout ce que doivent les Lettres à l'influence de cet inventeur prodigieux».
Inventeur, sans doute, de cette forme de conscience littéraire aiguë dont témoignent «La genèse d'un poème» et «Le principe poétique» qui ont marqué tant de poètes français depuis la fin du XIXe siècle. Inventeur, également, du roman policier et de la figure du détective amateur incarnée par Auguste Dupin - mais aussi de cet univers d'étrangeté que les Histoires extraordinaires, les Histoires grotesques et sérieuses aussi bien que Gordon Pym ont très tôt révélé et qui fera dire à André Breton que «Poe est surréaliste dans l'aventure». Après quoi le pouvoir d'ensemencement de cet imaginaire fascinant ne cessera de se manifester : Poe continue de nous accompagner comme une ombre portée.
Edition de Jean-Pierre Naugrette, avec la collaboration de Michael Edwards, François Gallix, France Jaigu et James Lawler.
Edgar Allan Poe (1806-1849) restera pour toujours l'incarnation du poète maudit, romantique absolu pour certains, ivrogne invétéré pour d'autres, comme ses compatriotes, qui l'ostracisèrent durablement. (...) C'est dire assez que Poe avait de quoi combler les amateurs de contes cruels et ceux qui, à travers le foisonnement du roman populaire, voyaient éclore, peu à peu, le récit d'énigme. En créant Auguste Dupin, le premier détective de l'histoire du roman policier, Poe montrait l'incroyable modernité de son propos, lui qui se désespérait par ailleurs de ne pouvoir se consacrer à la poésie, sa passion majeure. Il ne pouvait savoir que, plus tard, de grands poètes comme Chesterton ou Borgès célébreraient Double assassinat dans la rue Morgue ou La Lettre volée. (...)
La vie de Poe, ses moeurs, ses manières, son être physique, tout ce qui constitue l'ensemble de son personnage, nous apparaissent comme quelque chose de ténébreux et de brillant à la fois. Sa personne était singulière, séduisante et, comme ses ouvrages, marquée d'un indéfinissable cachet de mélancolie. Du reste, il était remarquablement bien doué de toute façon. Jeune, il avait montré une rare aptitude pour tous les exercices physiques, et bien qu'il fût petit, avec des pieds et des mains de femme, tout son être portant d'ailleurs ce caractère de délicatesse féminine, il était plus que robuste et capable de merveilleux traits de force. Il a, dans sa jeunesse, gagné un pari de nageur qui dépasse la mesure ordinaire du possible. On dirait que la Nature fait à ceux dont elle veut tirer de grandes choses un tempérament énergique, comme elle donne une puissante vitalité aux arbres qui sont chargés de symboliser le deuil et la douleur. Ces hommes-là, avec des apparences quelquefois chétives, sont taillés en athlètes, bons pour l'orgie et pour le travail, prompts aux excès et capables d'étonnantes sobriétés.
Il est quelques points relatifs à Edgar Poe, sur lesquels il y a un accord unanime, par exemple sa haute distinction naturelle, son éloquence et sa beauté, dont, à ce qu'on dit, il tirait un peu vanité. Ses manières, mélange singulier de hauteur avec une douceur exquise, étaient pleines de certitude. Physionomie, démarche, gestes, airs de tête, tout le désignait, surtout dans ses bons jours, comme une créature d'élection. Tout son être respirait une solennité pénétrante. Il était réellement marqué par la nature, comme ces figures de passants qui tirent l'oeil de l'observateur et préoccupent sa mémoire. Le pédant et aigre Griswold lui-même avoue que, lorsqu'il alla rendre visite à Poe, et qu'il le trouva pâle et malade encore de la mort et de la maladie de sa femme, il fut frappé outre mesure, non seulement de la perfection de ses manières, mais encore de la physionomie aristocratique, de l'atmosphère parfumée de son appartement, d'ailleurs assez modestement meublé. Griswold ignore que le poète a plus que tous les hommes ce merveilleux privilège attribué à la femme parisienne et à l'espagnole, de savoir se parer avec un rien, et que Poe, amoureux du beau en toutes choses, aurait trouvé l'art de transformer une chaumière en un palais d'une espèce nouvelle. N'a-t-il pas écrit, avec l'esprit le plus original et le plus curieux, des projets de mobiliers, des plans de maisons de campagne, de jardins et de réformes de paysages ?
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