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_ Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre

Couverture du livre Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre

Auteur : Camil Petrescu

Traducteur : Laure Hinckel

Date de saisie : 18/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. des Syrtes, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 23.00 € / 150.87 F

GENCOD : 9782845451278

Sorti le : 18/01/2007

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  • La dédicace de l'auteur

Traduire, c'est vivre avec les personnages d'un autre. Ces colocataires d'un genre particulier ne respectent pas toujours votre intimité : ils s'invitent parfois jusque dans vos rêves.
Stefan, le héros de Camil Petrescu a été de ceux-là. Il m'a entraînée dans les combats en 1916. J'ai grelotté des nuits entières dans l'herbe humide, dans les Carpates, à quelques pas de l'ennemi. Mais je n'ai pas craqué. J'ai beaucoup aimé sa verticalité morale, j'ai admiré sa fidélité en amitié. Quelle leçon d'honneur et de courage dans cette «première nuit de guerre» !
Je me dis que son amour pour Ela a magnifié chacun de ses actes de bravoure. Mais quelle souffrance ! À la veille de la guerre, il y avait la belle époque, l'industrie florissante et les compromissions des milieux d'affaires. Il y avait aussi l'amour idéal, les brassées de lilas et les courses de chevaux. Stefan aurait bien voulu conserver une relation fusionnelle. Ela, au contraire, aimait la société. La jalousie, ce raffinement excessif de l'amour, prend alors le dessus. Le supplice de Stefan est atroce. C'est un sentiment qui vous décolle de vous-mêmes ! Stefan se contrôle, analyse, étudie. Mais la brûlure dévastatrice est là. Traduire, je vous dis, n'est pas de tout repos.

Laure Hinckel, la traductrice de l'ouvrage



  • La présentation de l'éditeur

" Brûlure dévastatrice ", selon son auteur, Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre est le roman de l'amour fou et de la jalousie vécus dans les méandres de la Première Guerre mondiale.
Jeune homme issu de la petite bourgeoisie, Stefan vit une histoire d'amour passionnelle avec Ela, qui deviendra sa femme. Un héritage confortable va bouleverser leur vie, et Ela lui échappera de plus en plus. La séparation devient imminente. Il vit sa dernière nuit d'amour dans les tourments de la jalousie et commence alors la première nuit de guerre. Dans le journal de campagne de son héros, Camil Petrescu écrit les plus belles et les plus subtiles pages sur la Première Guerre mondiale : une vision personnelle, grinçante et critique, fondée sur son expérience de volontaire.
Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre est certainement le chef-d'oeuvre le plus brillant, le plus profond et le plus riche de Camil Petrescu. Avec une sensibilité hors du commun, il a exploré les profondeurs de la conscience et a su créer des personnages forts, toujours en proie à leurs conflits intérieurs.

Camil Petrescu (1894-1957) est un monument de la littérature roumaine du XXe siècle. Ami de Mircea Eliade, Emil Cioran ou Mihail Sebastian, il est le créateur d'une oeuvre originale, allant des pièces de théâtre jusqu'aux romans les plus accomplis de la littérature roumaine. Lorsqu'il publie, en 1930, Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre, Camil Petrescu est déjà un dramaturge reconnu. Mais c'est dans le roman qu'il réussit à balayer les conventions littéraires de son temps et à créer un univers propre et reconnaissable.




  • La revue de presse Clémence Boulouque - Le Figaro du 25 janvier 2007

CAMIL PETRESCU - Le fondateur du roman roumain moderne a plongé son héros malade de doutes et de soupçons dans la fournaise des tranchées. Un petit chef-d'oeuvre.

«TOUT AMOUR est un monothéisme volontaire au début, pathologique ensuite.» Souffrance et obsession : chez Camil Petrescu, l'amour est incurable. Et, dans Dernière nuit d'amour, première nuit de guerre, la jalousie de son héros Stefan Gehorghediu est, comme celle d'Un amour de Swann, un poulpe qui étrangle sa proie. Roumanie, 1916. Stefan est follement épris d'Ela, devenue sa femme, deux ans auparavant. Le couple, désargenté, reçoit un héritage qui change leur quotidien, donne à Ela comme un surcroît de grâce, et nourrit davantage le malaise du jeune homme, qui se convainc qu'elle le trompe, s'emploie maladivement à la surveiller ainsi qu'à suivre ses amies.

Et, alors que leurs chemins sont sur le point de se séparer, éclate la guerre (...)
Qualifié de Proust roumain, Camil Petrescu est une figure de taille dans la vie intellectuelle du Bucarest des années vingt. (...)



  • Les premières lignes

A Piatra Craiului, en montagne

Au printemps de l'an 1916, tout nouveau sous-lieutenant et mobilisé pour la première fois, j'ai participé à la fortification de la vallée de la Prahova, entre Busteni et Predeal, avec un régiment d'infanterie de la capitale. Des petites rigoles, comme pour servir à l'écoulement des eaux, recouvertes par endroits de branches et de feuillages puis consolidées de terre sur la hauteur d'une main : voilà ce que nous appelions des tranchées, et cela devait défendre un front d'environ dix kilomètres.
À l'avant, quelques rectangles de grillage et des sauts-de-loup étaient censés consolider nos fortifications. Mis bout à bout, tous ces tronçons de tranchée éparpillés ici et là, dominant la chaussée du sommet des collines, ne faisaient pas un kilomètre de long. Dix cochons sauvages au groin puissant auraient suffi à saper en une demi-journée toutes les fortifications de la vallée de la Prahova - grillages et sauts-de-loup compris. (Ces sauts-de-loup étaient des trous pas plus larges que ceux que font des enfants en jouant dans le sable, et au fond de chacun se trouvait planté un pieu aiguisé comme un pal.) D'après les calculs du Grand Etat-Major roumain de 1916 - c'est-à-dire pendant la bataille de Verdun -, l'attaquant devait y poser le pied par inadvertance et se faire embrocher. Le pays tout entier parlait avec respect de la «vallée fortifiée» de la Prahova : le Parlement, les partis politiques et la presse. Afin que ces constructions mystérieuses ne puissent pas être aperçues depuis le train, les wagons ne circulaient qu'avec les rideaux tirés, ou bien les vitres étaient badigeonnées de peinture blanche. Et à partir de Sinaia, dans chaque couloir se tenaient des sentinelles armées de baïonnettes.


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