Auteur : Patricia Desroches-Viallet | Rémi Geoffroy
Date de saisie : 26/01/2007
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Publications de l'Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, France
Collection : Etudes allemandes
Prix : 35.00 € / 229.58 F
GENCOD : 9782862724317
Sorti le : 04/01/2007
Comment peut-on être (soi-même), exister... ailleurs ? Premier volet d'une réflexion consacrée à la construction de l'identité dans la rencontre des cultures chez les auteurs d'expression allemande par le biais du voyage, cet ouvrage explore la «révolution intérieure» que connaît le sujet - écrivain, mais aussi peintre, musicien (A. Schoenberg) ou cinéaste (W. Wenders) - lorsque, pour diverses raisons, il se retrouve «ailleurs».
C'est d'abord l'irrésistible attrait de l'Italie et de l'Orient. Pour de nombreux artistes, ces deux pôles apparaissent très tôt comme de puissants modèles de formation identitaire. Pour l'Italie, on pense à Goethe ou encore à Heine, mais les peintres «nazaréens» prirent également le chemin de Rome... Quant à l'appel de l'Orient, il fut à l'origine de pèlerinages, de conversions radicales, mais aussi d'errances identitaires révélatrices d'une déconstruction progressive du moi.
Se présentent ensuite d'autres facettes du voyage, comme celles de l'émigration ou de l'exil, qui posent toujours la question de l'identité du sujet, re - ou déconstruite selon les parcours individuels. Volontaire ou contraint, le voyage peut faire l'objet de mises en scènes dans l'oeuvre d'art elle-même, qui témoigne parfois de la difficulté, voire de l'impuissance du sujet à sortir de soi, quand il ne devient pas presque impossible de sortir «tout court» comme dans l'ex-RDA (en direction de l'ouest). En résultent d'acrobatiques «voyages dans la tête» ou voyages «immobiles», thème qui fera l'objet du prochain volume, et qui trouve ici une belle entrée en matière dans un entretien avec le poète Claude Vigée; il y reprend de manière très personnelle les grandes lignes de force de cet ouvrage et livre quelques clés d'un parcours de vie singulier.
Extrait de l'introduction :
Qui n'a pas rêvé au moins une fois dans sa vie d'un «ailleurs» plus ou moins lointain, où il pourrait enfin, loin des contraintes et des convenances d'un hic et nunc aux horizons forcément semblables et limités, donner libre cours aux facettes plurielles de son moi, construire ou reconstruire en toute liberté son identité trop bridée jusqu'alors, bref, «être» pleinement, intensément, lui-même... «ailleurs» ?
Nombreux sont, au moins depuis la fin du Moyen Age, les artistes d'expression allemande - écrivains, mais aussi peintres, musiciens, cinéastes... -à avoir, à un moment ou un autre de leur vie, franchi les frontières de leur pays d'origine pour aller chercher au loin - avec plus ou moins de bonheur - ce complément d'âme ou de culture qui leur permettrait une reconstruction identitaire salutaire à la fois pour leur propre moi et leur activité créatrice.
Cette rencontre des cultures dites «étrangères» est le plus souvent le résultat d'un libre choix de l'artiste, cédant à l'attrait irrésistible d'un pays qui lui apparaît alors à divers titres comme modèle (ce fut fréquemment le cas de l'Italie), ou d'un ensemble de pays représentatifs à ses yeux de civilisations radicalement autres (comme l'Orient, dont l'altérité s'augmente volontiers d'une forte diversité religieuse).
Que dès le XVIIe siècle l'Italie ait été considérée par beaucoup d'auteurs et d'artistes d'expression allemande comme un prodigieux «modèle» de formation, rien ne semble pouvoir l'illustrer de façon plus éclatante que le célèbre voyage de Goethe dans ce pays en 1786-88 - une référence en la matière. A. Le Berre montre ici, à la lumière de Torquato Tasso, comment la très sensuelle découverte par cet auteur de ce pays lumineux et de son exceptionnelle culture se double pour lui d'une quête intérieure qui entraîne de son propre aveu une authentique et salutaire «renaissance». Cette dominante-là, nous la retrouvons quelque quarante ans plus tard, reprise avec ironie chez le Heine du Voyage de Munich à Gênes en particulier, qui s'amuse à prendre le contre-pied de l'idéalisation toute classique de la culture italienne, cherchant lui aussi à bâtir son identité hors d'Allemagne... dans la confrontation critique avec celle de Goethe (L. Calvié).
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