Auteur : Romain Kroës
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Economie
Editeur : Ed. du Sextant, Paris, France
Collection : Décodeur
Prix : 16.90 € / 110.86 F
GENCOD : 9782849780169
Le monde serait-il devenu à ce point complexe, que «l'honnête homme» dût renoncer à le comprendre et s'en remettre aux «spécialistes» ? On pourrait le croire, au vu de l'obscurité qui caractérise aujourd'hui le débat économique et politique. Mais l'honnête homme veut comprendre. Dans ce but, il pose des questions simples auxquelles les spécialistes ne répondent pas. Alors, abandonnant manuels et vulgarisations, il entreprend de visiter lui-même les bons auteurs, sans prendre encore conscience qu'il commence un travail qui va durer un quart de siècle.
Le voyage a commencé avec Marx, pour découvrir que le Capital n'avait pas dépassé la théorie classique de l'accumulation. Selon les marxistes, c'était la mort qui l'avait interrompu. Mais la correspondance d'Engels fixait à 1869, au plus tard, la date à laquelle Marx avait abandonné la rédaction des livres 2 et 3 à l'état d'un «pur Brouillon», que pendant quatorze ans il avait caché à son entourage, jusqu'à sa mort en 1883. Manifestement, Marx avait pris conscience de s'être fourvoyé dans une impasse.
Il fallut de nombreux allers-retours entre Marx et les auteurs qu'il citait ou critiquait, puis une interrogation insistante de ses successeurs, avant de débusquer l'erreur : comme on ne peut pas épargner plus que la quantité de monnaie émise, l'épargne ne peut pas être à l'origine de l'investissement et de l'accumulation, ainsi que Keynes le démontrerait plus tard. Il s'avéra alors que cette erreur n'était pas spécifiquement imputable à Marx, mais à la doxa depuis longtemps la plus répandue.
Comment expliquer que le présupposé du rôle démiurgique du capital, réputé avancer l'investissement, soit encore aussi universellement admis malgré le renversement de ce dogme par Keynes ? Un simple voyage dans la théorie économique ne permettait pas de répondre à cette question, qui exigeait une longue investigation dans l'histoire et singulièrement celle des idées, ainsi que l'éclairage de la psychanalyse.
Romain Kroës
LA PERVERSION DU CAPITAL
Sur quelles croyances repose le capitalisme ? Puisant aux sources les plus anciennes de la pensée économique, l'auteur bouscule les idées reçues : non, ce ne sont pas les profits qui font les investissements, mais le contraire. Keynes, Marx, Rosa Luxemburg, Hayek, Friedman et bien d'autres sont convoqués ensuite, non pour servir de modèles ou de contre-modèles, ce qui serait vain, mais pour être dépassés. Et si l'Etat devait réapprendre à jouer son rôle en économie ? Reprendre l'initiative de l'investissement, pour stimuler la croissance et résorber le chômage ? Se libérer des contraintes du traité de Maastricht, pour renouer avec le progrès social ? La synthèse des connaissances acquises aujourd'hui par l'homme, en un mot sa culture, ne lui permettrait-elle pas, enfin, de maîtriser son économie et son avenir ?
Né en 1937, Romain Kroës, chercheur en économie, vit près de Paris. Ancien pilote de ligne, ancien syndicaliste, il est l'auteur de Capitalisme, fin d'une histoire (éditions de Magrie, 1994) ainsi que de nombreux articles.
Né en 1937, Romain Kroës, chercheur en économie, vit près de Paris. Ancien pilote de ligne, ancien syndicaliste, il est l'auteur de Capitalisme, fin d'une histoire (éditions de Magrie, 1994) ainsi que de nombreux articles.
Extrait de l'introduction :
Cet ouvrage ne constitue pas un nouveau procès des méfaits ou des succès du capitalisme. Loin de toutes les critiques ou apologies publiées ou proclamées à ce jour, il s'intéresse au rapport du modèle dit capitaliste à la réalité historique et sociopolitique. Le titre peut être compris de deux manières. D'une part, au vu des dégradations politiques, sociales et culturelles qui constituent la tendance historique actuelle, le capital peut être considéré comme ayant été perverti, ou s'étant lui-même perverti, après s'être trouvé historiquement en phase avec une réalité certes conflictuelle, mais tournée vers le progrès et la prospérité. D'autre part, on peut entendre que la perversion caractérise la notion même de capital et s'étend à tout ce qu'elle appréhende. Les deux interprétations seront intégrées comme étant non contradictoires, car un élément historique permet de les concilier : l'expansion.
Les économies fondées sur le capital n'ont en effet jamais connu l'équilibre, que lorsqu'elles étaient en expansion dans les espaces géographique et sociologique. Grâce à cet exutoire, les conséquences de l'inadéquation au réel du concept et des attributs du capital étaient alors évacuées vers «l'extérieur», sans pouvoir cependant éviter d'y faire des victimes. Mais l'intégration aux marchés financiers des espaces conquis relançait constamment le besoin d'expansion. À l'approche de la limite planétaire de toute expansion, donc dans le contexte de l'actuelle «mondialisation», le divorce se manifeste avec une acuité croissante, au point de contaminer les idées, les politiques, le langage même, et de projeter devant nos yeux le spectre d'un nouveau totalitarisme.
Le nom du «capital» dit assez bien la position prédominante que lui confère la dogmatique générale, qu'elle l'encense ou qu'elle le condamne. Pivot de la société, pour les uns, d'un système, pour les autres, nul ne lui conteste le réalisme et la rationalité de ses attributs. Or, cette position centrale implique un certain nombre de contraintes que contredisent les processus réels.
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