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Kafka ou Celui qu'on cherche habite à côté

Couverture du livre Kafka ou Celui qu'on cherche habite à côté

Auteur : Georges-Arthur Goldschmidt

Date de saisie : 26/01/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude

Prix : 13.00 € / 85.27 F

GENCOD : 9782864324881


  • La présentation de l'éditeur

Ce qu'écrit Kafka est à ce point clair, d'une clarté si stupéfiante qu'on en reste littéralement bouche bée, cloué, désemparé, voué au mieux à la répétition du texte.
Les récits de Kafka racontent des histoires à première vue invraisemblables - comment un pont pourrait-il s'accrocher des mains à un côté de la paroi et des pieds à l'autre, et se retourner pour voir qui arrive, comment un homme peut-il se muer en scarabée ? Rien de plus certain pourtant que ces invraisemblances, rien de plus saisissant que ces récits.
Kafka touche en effet, à chaque fois, le centre exact de la cible, tout ce qu'il écrit atteint le lecteur très précisément là où il ne peut plus rien dire. On est concerné par Kafka parce qu'il arrive où chacun commence, au point muet où se fait la parole du lecteur.

Ce que raconte Kafka porte sur ce lieu originel, informulable, du langage derrière quoi on ne peut se retourner. Ce qu'il écrit est si singulier que c'est d'emblée reconnaissable, sans référence à autre chose et, du coup, parfaitement universel.

Né le 2 mai 1928 à Reinbek (Allemagne). Famille de magistrats convertie au protestantisme, émigre en France en 1939. Professeur agrégé d'allemand jusqu'en 1992. Citoyen français, vit à Paris.




  • Les premières lignes

L'événement initial

Jemand mußte Josef K. verleumdet haben, denn ohne daß er etwas Böses getan hatte wurde er eines Morgens verbaftet.

Quelqu'un avait dû calomnier Joseph K. car, sans avoir rien fait de mal, il fut arrêté un matin.

Dès les premiers mots du Procès, tout est changé, tout est désormais placé sous le signe de l'irrémédiable : il y avait un avant, et dès l'arrestation tout est après. C'est à peine si elle a matériellement lieu. Tout ce qui est après est désormais radicalement séparé de ce qui fut avant. Tout ce qui, l'instant d'avant, était possible n'aura jamais lieu puisque l'arrestation est venue interrompre le fil. Le réel n'est qu'un état irréversible du possible, à jamais figé.
Tout est infléchi par cette arrestation que Joseph K. construit lui-même, pas à pas, simplement en la «prenant au mot», selon ses modalités mêmes. Il en est à la fois l'objet et le sujet. Et cette arrestation le laisse entièrement libre de ses faits et gestes. Tout découle de ce qu'il fait et de ce qu'il ne le fait que comme il le fait, son destin est établi par ses faits et gestes. Une fois qu'une action a eu lieu, elle est irréversiblement faite.
Tout se passe - et tout est là - comme si à partir d'un premier déclic, Joseph K. procédait à sa propre arrestation. Il sonne, on vient. Ce n'est pas Anna, la cuisinière de madame Grubach, sa logeuse, qui lui apporte comme d'habitude son petit déjeuner, mais c'est le gardien venu l'arrêter, or il n'est entré qu'après que K. a sonné. On ne sait pas s'il ne vient que parce que Joseph K. a sonné ou s'il serait entré plus tard de son propre fait, simplement : il entre lorsque K. sonne, rien de plus. Il n'est pas dit qu'il entre parce que Joseph K. a sonné, mais lorsque Joseph K. a sonné. Il sonne, il entre, l'un et l'autre coïncident, c'est tout.
Vous avez sonné ? lui demande-t-il.


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