Auteur : Pierre Darriulat
Date de saisie : 06/03/2007
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : EDP sciences, Les Ulis, France
Collection : Essais
Prix : 14.00 € / 91.83 F
GENCOD : 9782868839640
Cet essai s'adresse à tous ceux qu'intéressent les relations entre la science et la philosophie.
L'auteur y brosse à grands traits un tableau de la science contemporaine : réductionnisme, déterminisme, abstraction, méthodes, mécanismes de validation et interactions entre observation et théorie... ainsi qu'un portrait de ses artisans et une critique des stéréotypes les plus courants (philistin, iconoclaste, apprenti sorcier...) L'accent est mis sur le fait que la science, dont une des missions consiste à dénoncer les illusions du sens commun, ne poursuit pas une quête de vérité absolue mais se contente aujourd'hui d'une vérité simplement meilleure que celle d'hier.
La circularité de la science lui interdit de répondre à des questions essentielles comme «Pourquoi ce monde plutôt que rien ?» Pour tenter d'y répondre, le physicien Pierre Darriulat entreprend, avec candeur et bienveillance, un voyage chez les philosophes. Comment la métaphysique s'évade-t-elle du cercle ? Quelle connaissance autre que scientifique nous propose-t-elle ?
La circularité condamnant la science au silence, elle semble du même coup condamner la métaphysique au verbiage ; devant son incapacité à nous répondre, nous restons seuls devant l'absurdité de notre destin...
Pierre Darriulat a consacré l'essentiel de sa carrière de chercheur à l'étude des interactions des particules élémentaires à laquelle il a apporté des contributions importantes, en particulier avec la découverte des jets hadroniques et des bosons faibles. Après avoir dirigé les recherches du CERN pendant sept ans, il s'est tourné vers l'étude de la supraconductivité des couches minces puis, quelques années plus tard, vers l'astrophysique qu'il enseigne aujourd'hui à l'Université nationale de Hanoi, où il dirige un laboratoire de physique des rayons cosmiques. Ses recherches lui ont valu de nombreuses distinctions honorifiques.
LES FRONTIÈRES DE LA SCIENCE
La science dont je parle ici est celle qu'on qualifie parfois d'objective, c'est-à-dire celle qui s'intéresse exclusivement aux phénomènes. C'est dire que j'en exclus la mathématique pour des raisons qui apparaîtront clairement par la suite. Les mathématiciens me pardonneront de dire simplement «science» plutôt que «science objective» afin d'alléger mon discours et n'y verront, je l'espère, aucune malice.
Les phénomènes que nous observons, le monde dans lequel nous vivons, le monde que nous sommes, nous posent ou nous suggèrent des questions auxquelles la science cherche à répondre par des explications qui satisfassent, au moins partiellement, notre curiosité. Aussi ses frontières sont-elles à la fois floues et éphémères. En effet, quand même nous disposerions de critères pour décider si une explication est ou n'est pas satisfaisante, nous n'en avons guère pour juger de l'espoir que peut avoir la science de répondre un jour à une question donnée, d'où le flou. Et, dans la mesure où elle continue de progresser, il est raisonnable de s'attendre à ce qu'elle gagne du terrain, d'où l'éphémère. Je vais l'illustrer par quelques exemples brefs, choisis parmi les plus célèbres des sciences de la nature et de la vie, ce qui excusera le peu de lignes consacrées à leur présentation mais permettra, je l'espère, de saisir l'essentiel. L'avancée fulgurante de ces sciences a fait d'elles des sciences qu'on dit «dures» et bien rares sont les territoires sur lesquels elles n'ont pas de prétention. Je me tournerai ensuite vers les sciences sociales. On parle souvent de leur désarroi et leur domaine est plus difficile à cerner. J'essaierai néanmoins d'en dire quelques mots.
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