Auteur : Philippe Cornet
Date de saisie : 24/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Romans
Prix : 15.00 € / 98.39 F
GENCOD : 9782749108339
Aimé, ancien professeur que son obésité condamne à l'isolement, partage son temps entre ses livres, sa vieille mère acariâtre, son infirmière, sa femme de ménage et son médecin.
Sa vie se transforme le jour où une affiche publicitaire est placardée sur le mur de l'immeuble d'en face. Il se sentira alors «épié par une femme en papier»...
Fasciné, Aimé décidera de lui écrire des lettres et peut-être, ainsi, de lever le voile sur sa vérité d'homme exclu.
Dans ce premier roman d'une extraordinaire intensité, Philippe Cornet s'attache à l'énormité du corps dans une société de pléthore, de profit et d'enflure. Il explore aussi les sentiments et le trouble d'Aimé, que l'abondance condamne à l'abstinence. Une révélation.
Philippe Cornet est médecin généraliste et professeur à la faculté de médecine Pierre et Marie Curie. Chair tombale est son premier roman.
Je n'avais pas immédiatement remarqué sa présence. Je sortais d'une nuit en pointillé. Depuis bien longtemps mon sommeil se présente et se refuse tour à tour, inconsistant comme le serait une femme aux appas maigrelets. Mes angoisses et mes cauchemars s'étaient disputé les modestes reliefs d'une nuit sans attraits. Les deux comprimés de Morphéline avalés chaque soir avec un demi-verre d'eau, censés me précipiter dans des bras consolants, donnent le signal du départ de cette chamaillerie nocturne répétée.
La lumière matinale la soulignait d'une obliquité insolente. Depuis quand l'avait-on ainsi exposée aux regards inertes des passants anonymes ?
Ce matin-là, il me fallut bousculer mes habitudes pour me rendre à la consultation du professeur de Baillancourt. Le réveil avait donné le la métallique de ce petit empressement. À défaut d'apprécier les réveils, j'avais demandé à ma mère, pour cette circonstance trimestrielle, d'en choisir un à remontoir mécanique. Les appareils à cristaux liquides, insonores et cyclopéens, qui affichent le temps sans fatigue m'inquiètent. J'aime savoir que mon réveil, tout comme moi, s'essouffle. J'imagine même qu'il s'autorise à s'attarder à mesure que son ressort se détend. Vouloir posséder plusieurs de ces machines électroniques, toutes munies d'un rappel à l'heure, tient du non-sens. Pourquoi sacrifier à l'obscure nécessité de synchroniser toutes les pendules, avec l'obligation de tenir compte du délai exact de chacun des déplacements entre l'une et l'autre pour satisfaire cet inepte pari ? Pourquoi caresser le fol espoir d'afficher simultanément la même heure sur l'ensemble des cadrans ? Cette performance métronométrique, d'une précision militaire, se réduit à l'intérêt mort-né de l'avoir réussie. Je me tiens très éloigné de ces tracasseries de chronomètre, mon indolence se satisfait des incertitudes de mon réveil d'un autre âge. Me trouvant en état de survie, je dois avouer que l'usage du temps ne m'importe pas plus que son usure.
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