Auteur : Jean-François Dauven
Date de saisie : 29/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ramsay, Paris, France
Collection : Littéraire
Prix : 18.00 € / 118.07 F
GENCOD : 9782841148448
Sorti le : 10/01/2007
Portosera. Le quartier populaire de l'avenue de Naples. Au numéro 24 de la rue de la Capitainerie se dresse un gigantesque paquebot urbain où se croisent jeunes couples désargentés, ouvriers, cadres moyens, retraités et petits commerçants.
La polyphonie de la vie passe sans avoir l'air de vouloir changer.
À moins que.
À l'heure où, sur la façade ocre, s'éclairent peu à peu les fenêtres, une seule, obstinément, reste obscure. Dans l'ombre, un homme regarde vivre ses voisins qu'il ne veut pas connaître.
Et pourtant, il s'apprête à bouleverser leur existence.
Il devra bien s'apercevoir alors qu'on n'échappe jamais au monde.
Dans ce deuxième roman, Jean-François Dauven retrouve la ville fictive qu'il avait magistralement mise en scène dans Le manuscrit de Portosera la rouge (Ramsay, 2006), toujours aussi foisonnante, belle, méditerranéenne, et en poursuit l'exploration minutieuse.
Jean-François Dauven - Le plombier-philosophe poursuit l'exploration de Portosera, sa ville imaginaire. Jean-François Dauven, aussi calé en maïeutique qu'en soudure à l'arc, s'invente une Métropolis méditerranéenne où l'eau courante est empoisonnée. Dans l'ordre logique d'une mécanique pas toujours fluide, la tuyauterie, ici, s'assimile à la typologie, autrement dit à l'étude des caractères relatifs aux individus et aux sociétés...
Où nous conduit-il ? Auréolé de son présent obsédant, de ses figures qui perdent pied, d'un Nathanaël qui n'a rien de gidien, on reste en compagnie de celui qui regarde vivre ses voisins sans vouloir les connaître. Observer, c'est peut-être ça. Être des citoyens de l'immonde. Là, dans la nasse, rue de la Capitainerie, au coeur d'une géographie racontant des histoires qui se noient dans des gargarismes de gouttière.
Les vieillards ont l'impression de ne jamais avoir eu si froid. Comme d'habitude. Le vent d'est amène de la campagne la poussière glacée qui tourbillonne aux carrefours, puis il perd son chemin et s'essouffle, avant de repartir de plus belle, jusqu'aux quais, et plus loin encore. On dirait qu'il veut repousser la mer.
Il est tard. Ceux qui le peuvent dorment depuis longtemps. Rue de la Capitainerie, tous les immeubles sont plongés dans le noir. Leurs façades ocre ont oublié le soleil dont elles reflètent la chaleur et la lumière, en été. Au numéro 24, une fenêtre brille encore. Une seule. Florence Fontvieille est épuisée. Elle baisse la tête dans un bâillement, et ses cheveux noirs glissent sur ses yeux. Mais elle aide encore sa mère à tendre le couvre-lit de la cantatrice.
Georgette Fontvieille ne dort quasiment jamais. C'est qu'elle n'a guère le choix, elle s'y prend toujours au dernier moment. La plus célèbre cliente de sa pension arrive demain et la chambre n'est pas prête.
Il est trois heures du matin, le vent tournoie dans la cour de l'immeuble, celle que tous ses habitants appellent la «cour d'honneur», bien qu'il n'y en ait pas d'autre. La vieille grille qui donne sur le trottoir est béante depuis que la fermeture magnétique ne magnétise plus. Victorino, le concierge, n'a rien pu faire. Victorino n'est pas très dégourdi, Georgette lui en veut un peu. Elle aurait aimé que la grille soit réparée pour l'arrivée de Cécilia. Elle l'appelle Cécilia, car elles se connaissent depuis bien longtemps. Elle lui donne toujours sa meilleure chambre, celle avec le balcon, quitte à en déloger quelqu'un. Florence, debout de l'autre côté du lit, ferme les yeux et vacille légèrement. Mince, elle semble perdue dans un gros pull rapporté d'un voyage en Irlande.
- Allez, va dormir, ou tu vas t'écrouler sur le lit qu'on vient de faire.
- Mais la salle de bains...
- Je m'occupe de la salle de bains, va dormir.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli