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OMICRoN

Couverture du livre OMICRoN

Auteur : Mikaël Hirsch

Date de saisie : 02/02/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Ramsay, Paris, France

Collection : Littéraire

Prix : 19.00 € / 124.63 F

GENCOD : 9782841148431

Sorti le : 10/01/2007


  • La dédicace de l'auteur

Vaste entreprise de recyclage, OMICRoN est un roman qui brasse les littératures de genre et compose un patchwork animé où le récit d'espionnage côtoie l'interrogation sociale. Le récit urbain, trentenaire et névrosé y apparaît comme un type faisant déjà parti de la sous-culture populaire, au même titre que les mangas ou les catalogues de VPC.

À la recherche désespérée d'un caractère exclu de la Comédie humaine, d'un interstice oublié par Balzac, j'ai choisi pour protagoniste un individu appartenant à un nouveau groupe social, dont la particularité est de s'ignorer en tant que tel. Ce nouveau prolétariat du tertiaire, constitué de jeunes surdiplômés sans emploi m'est apparu comme une manifestation révélatrice de l'époque tout entière.

Autour des tribulations paraboliques de Thomas, saint ultra-moderne ou bien marginal inquiétant, l'histoire se déroule par-dessus les continents, associant aux blancs de la carte différents nivaux de conflits voués à se superposer.

En quête du rôle abandonné par les romanciers contemporains, au profit d'un ordre financier et moral, Thomas en viendra à découvrir l'ambivalence romanesque de la violence et par en tirer des conclusions drôles et absurdes.

Du «o» minuscule donnant son titre au roman à l'Oméga violet de Rimbaud, la trajectoire se fait incantation, éclusant ainsi les rapports de force qu'ils soient économiques, politiques ou simplement littéraires.

Mikaël Hirsch



  • La présentation de l'éditeur

Thomas Steren vit d'expédients littéraires (corrections, négritudes) dans les marges de la culture parisienne. Obsédé par Heinrich Reiss, obscur compagnon de Schopenhauer, auquel il a consacré une thèse, cet éternel adolescent vit en sous-location et sans papiers d'identité. Son isolement volontaire le condamne ainsi à naviguer entre névrose et mysticisme.
Un jour, il tombe sur une offre d'emploi dans les petites-annonces du Figaro : un richissime homme d'affaires hongrois, Orémus Szabo, cherche un coach culturel. Contre des appointements confortables, Thomas devra lui rédiger des fiches sur la dernière pièce de théâtre incontournable et sur l'exposition où se pressent déjà les foules.
Très vite, entre le professeur-employé et l'élève-patron, se noue une relation sado­masochiste, qui plonge Thomas dans les affres d'une paranoïa galopante. Afin de se libérer de cette emprise malsaine, il entreprend d'écrire un essai sur la folie meurtrière, qui fait l'apologie de la tuerie spontanée. Les écrivains et les forcenés ne seraient-ils pas en réalité les deux faces d'une même médaille ? Le livre devient immédiatement un best-seller, mais ce genre de propos finit par attirer une faune hétéroclite et inquiétante...

Entre réalisme social et récit d'aventures, le roman de Mikaël Hirsch frappe par sa virtuosité scénaristique et séduit par des considérations incisives, cyniques et hilarantes sur la société du spectacle.

Mikaël Hirsch, né en 1973 à Paris, titulaire d'un DEA consacré à la littérature américaine, est aujourd'hui libraire. Il signe ici son premier roman.




  • Les premières lignes

Rouler vers Paris, dans le rougeoiement des Buffalo Grill. Les clochers se dressaient de loin en loin sur la Beauce, comme autant de cheminées de paquebots sillonnant des golfes opaques, étrange vision qui lui rappelait à la fois certaines croisières télévisées et des lectures sans bruit du côté de Meséglise. Le grondement des camions, une fois ceux-ci dépassés, allait diminuendo, jusqu'à se perdre dans le bruit de fond intense de la civilisation. Thomas Steren rentrait chez lui. Les conducteurs, projectiles de chair sanglés dans leur siège de polyuréthane, feignaient d'ignorer la probabilité élevée de leur destruction. Sur la route, l'imminence du danger n'est jamais neutralisée par la maîtrise technique, ou la confiance en soi. La peur de la mort n'est estompée que par le pouvoir de tuer. Ainsi, c'est l'ivresse de sa propre puissance qui rend acceptable l'éventualité de la fin. Bien sûr, la plupart des automobilistes rejettent cette hypothèse, ou cherchent à dissimuler leurs pulsions, mais Thomas Steren songeait souvent à cet équilibre dissuasif qui donne corps au trafic. Pour lui, la circulation sans heurt était un jeu à somme nulle. Il ne pouvait donc y avoir d'accidents, mais seulement des combats.
Les foules se déplaçaient. Dans l'au-delà des villes, généré par la concentration du capital et la baisse de la fertilité masculine, l'immobilité produisait une angoisse sans appel. On privilégiait généralement la pharmacopée, mais l'oubli pouvait aussi se faire distance, ersatz d'une liberté inaccessible. Il fallait accélérer, projeter les fragments d'une existence misérable en de multiples commotions étincelantes. La vitesse devenait alors synonyme de bien-être et de destruction globale, proposant à la fois une nouvelle manière de vivre et tant de nouvelles façons de mourir.
Dans le clair-obscur des habitacles, Thomas observait le visage de ces gens qui rentraient de week-end. Ils pénétraient dans la nuit avec leurs phares au xénon et leurs pupilles ternes, leur système antiroulis et leur malaise vagal, leur freinage antipatinage et leurs désirs incontrôlables. Depuis un moment déjà, la technologie palliait harmonieusement les déficits de l'homme.


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