Auteur : Guy Debord
Date de saisie : 07/10/2004
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-213-62058-9
GENCOD : 9782213620589
Qu'un livre en cette saison fasse rire tient du miracle, encore faudrait-il en informer le public. Or le volume 4 de la «Correspondance» de Guy Debord a paru sans qu'aucun des préposés à l'étude de la gnose situationniste ait jugé bon, par des exemples appropriés, de dire en quoi ces lettres démentaient gaillardement la froide réputation de leur auteur.
Jusqu'ici, n'importe quel candidat à l'ENA avait cru Debord à tu et à toi avec Retz et Clausewitz, indépassable stratège, moraliste hors pair, visionnaire intrépide, etc. Et voici que nous découvrons, grâce à ses lettres, un Debord abonné aux romans polissons, machiste pontifiant et pitoyable voyeur,...
Le 7 septembre 1971, à celui qu'il appelait son ami dans sa précédente lettre datée du 1er août, Debord écrit ceci : «Je viens d'apprendre [...] que ta femme, dont tu ne peux certainement pas ignorer que je la tiens, sur le plan intellectuel, pour une misérable conne, et sur le plan "esthétique", pour un veau, a prétendu que je lui aurais un jour demandé de coucher avec elle. Cette vantardise, comme on disait pour Claude Gallimard, est très au-dessus de ses moyens.»...
Les volumes de correspondance sont parfois barbants. Celui-ci, qui recueille les missives que Guy Debord a envoyées à ses amis et à ses ennemis entre le début 1969 et la fin de 1972, juste après la dissolution de l'Internationale situationniste (IS), est souvent passionnant. La période y est pour beaucoup. Le style vif de l'expéditeur aussi. En 1969, l'IS, qui a douze ans d'âge, et celui qui apparaît à beaucoup comme son leader, ont acquis une réputation impressionnante. Pour beaucoup de jeunes révoltés et certains journalistes, ces agitateurs mystérieux, qui ne se font connaître que par leurs oeuvres, grafittis, lettres d'insultes, textes vengeurs, sont les instigateurs souterrains de Mai 1968. Et il est vrai que les grèves de ce printemps-là ont correspondu aux voeux de Debord, partisan d'une révolution qui balaierait le capitalisme et toutes les bureaucraties, syndicale, gauchiste ou stalinienne. D'où l'optimisme qui imprègne les premières lettres de ce volume IV. Quelques mois ont passé, le rêve persiste... On ne pourrait imaginer un tel recueil sans injures. Il y en a. D'indirectes, c'est-à-dire qui ne sont pas adressées à leur destinataire, à l'égard de Marguerite Duras qui vient de signer un appel en faveur de Fidel Castro. Et des insultes directes envoyées aux Gallimard, qui se targuent de leurs relations avec les situationnistes. Ou à l'éditeur Giangiacomo Feltrinelli, qui veut obtenir l'autorisation de publier une version italienne du recueil de la revue IS, alors qu'avec ses penchants pour le léninisme et le terrorisme, il représente à peu près tout ce que Debord déteste... La correspondance est avant tout expression privée. On ne s'étonnera donc pas d'y découvrir des confidences plus intimes. Des messages au peintre Asger Jorn, toujours cher à son coeur malgré son exclusion il y a des lustres de l'IS, et qui va bientôt mourir d'une maladie que Debord ignore. Des histoires de libertinage dans lesquelles Alice Beker-Ho, sa nouvelle compagne, est sa complice avisée. Des aveux amoureux. Et des considérations sur la campagne toscane, le barolo, superbe vin du Piémont, ou la beauté des jeunes filles.
La fin du volume IV marque une nouvelle époque marquée par son amitié naissante avec Gérard Lebovici, la création par celui-ci des éditions Champ libre, où Debord aimerait faire publier Clausewitz, Gracian et des textes anarchistes espagnols. Une époque qui imprégnera sans doute le tome V.
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