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Paranofictions : penser notre époque comme une science-fiction

Couverture du livre Paranofictions : penser notre époque comme une science-fiction

Auteur : Ariel Kyrou

Date de saisie : 18/01/2007

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Climats, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

GENCOD : 9782082131353


  • La présentation de l'éditeur

PARANOFICTIONS
TRAITÉ DE SAVOIR VIVRE
POUR UNE ÉPOQUE DE SCIENCE-FICTION

La réalité est pénétrée, imbibée, perfusée d'images et de fictions. Mais il existe de bonnes fictions, qui laissent la liberté, favorisent l'ouverture et l'interprétation, et de mauvaises fictions, qui ne laissent aucun choix, emprisonnent, appauvrissent. Notre époque est celle de luttes entre imaginaires d'origines, de formes et de motivations opposées. Nous avons besoin de romans de mots, de sons ou d'images contre les fictions imposées et leur misère spirituelle. De fictions de nos choix contre toutes celles qui nous étouffent. De fictions «consistantes», qu'il est possible de partager, et qu'il est essentiel de poursuivre sans fléchir. Elles ne sont parfois que des relectures d'oeuvres du passé ou d'épisodes bien réels de notre propre vie. Mais elles nous aident à lutter contre les robinets numériques du show dominant... Par leur humour et leur lucidité parfois désespérée, elles libèrent de la Machine à décerveler et à atrophier nos affects, ouvrent l'horizon et découvrent des territoires inexplorés. Curieusement, elles sont bien souvent l'oeuvre de grands paranoïaques. Ce sont des peintres ou des imposteurs, des écrivains de série B ou des visionnaires de marc de café, des ancêtres surréalistes ou des écorchés du virtuel.
Au sein de cette galerie hétéroclite, citons Philip K. Dick, Kolkoz, Francis Picabia, Ultralab, Patrick MacGoohan, les Yes Men, David Cronenberg ou encore James Graham Ballard. D'hier et d'aujourd'hui, toujours au-delà du vrai et du faux, ils mordent l'époque. Ariel Kyrou nous les fait découvrir ou redécouvrir et s'appuie sur leurs lumières noires pour un livre de philosophie rare, car critique, engagée, vécue dans la chair de son auteur.




  • Les premières lignes

1. Capitalisme publicitaire

Dans Minority Report, Tom Cruise a troqué ses yeux d'en­quêteur beau gosse contre ceux d'un malheureux citoyen nippon, histoire d'échapper aux contrôles d'identité. Il marche dans un magasin de fringues. Sur un mur, au coeur d'un immense écran, les mouvements de somptueuses créatures de pub... Surprise : l'une de ces choses numériques s'adresse directement au fuyard, ou plutôt aux deux globes oculaires d'un certain Yakamoto, désormais incrustés dans la boîte crânienne du héros. La publicité ne se contente plus d'agresser notre regard dans le métro et les lieux publics. Elle circule des yeux aux oreilles, et l'on entend sa voix «de l'intérieur». La marque nous reconnaît puis nous parle. Elle devient une machine télépathe, et martèle au fin fond de notre tête ses impératifs de bonheur pour tous et toutes. «Chers êtres humains, consommez jusqu'à plus soif et vous serez heureux», chante-t-elle à notre cerveau captivé...
Ce type d'écran publicitaire télépathe existe dans Service avant achat, nouvelle écrite par Philip K. Dick dès 1953. Son personnage principal, Ed Morris, y regagne la Terre dans sa navette après une «rude journée de bureau» sur la lune de Ganymède. Alors qu'il conduit sur une autoroute de l'espace, le plus souvent en pilotage automatique, les pubs l'assaillent. Au-delà de l'affiche ou de l'écran, qui peuvent littéralement happer l'attention, elles s'appliquent «directement aux aires auditives et visuelles de son cerveau». Ed subit d'abord des annonces audio, «les plus faciles à traiter par le mépris», puis une pub audiovisuelle plus insidieuse :
«Messieurs, éclata une voie onctueuse autour de lui. Bannissez à jamais les odeurs nauséabondes d'origine interne. L'ablation, par des méthodes indolores, du tractus digestif et l'implantation d'un système de substitution vous soulagera de ce qui reste le motif de rejet le plus fréquent dans les relations sociales.


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