Passion du livre - tout sur le livre : Paris 60

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Paris 60

Couverture du livre Paris 60

Auteur : Robert de Goulaine

Date de saisie : 24/02/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Serpent à Plumes, Paris, France

Collection : Motifs, n° 275

Prix : 6.00 € / 39.36 F

GENCOD : 9782268060569

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Toutes ces histoires sont rigoureusement authentiques. Certaines paraîtront donc incroyables. La plupart sont datées et localisées. Cela répond à un besoin que l'on a eu de rappeler une évidence : ce qui est pris sur le vif s'évanouit dans le néant, mais, en même temps, les images les plus fugaces sont souvent celles qui s'accrochent le mieux à notre mémoire. Nous sommes faits de cette mosaïque dérisoire autant que de nos projets grandioses.

Quant au ridicule, il guette chacun d'entre nous et nous invite donc à la compassion vis-à-vis d'autrui. Et quant à la sagesse, pour ceux qui en rêvent encore, elle commence par savoir rire de soi. Quant à ce recueil, on voudrait qu'il tombe, page par page, comme un joyeux goutte-à-goutte. Y a-t-il des volontaires pour la perfusion ?




  • Les premières lignes

SÉBASTIEN habitait entre cour et jardin (depuis quand n'avait-on pas tondu la pelouse, élagué les arbres ?) un hôtel particulier dont il cherchait à se défaire et bradait le contenu dans l'intervalle, s'offrant avec cet argent quelques très belles voitures d'avant-guerre, restaurées à grands frais. J'étais de ceux qui logeaient là et durent bientôt se résigner à coucher sur des matelas à l'étage, parmi cinquante chaises de bal capitonnées de soie rose; elles seules n'avaient pas trouvé preneur et nous les remontions une à une des salons du rez-de-chaussée, dépouillés de leurs lustres et consoles, plongés dans la pénombre, derrière des volets toujours clos. Les bureaux d'une ambassade, style bunker amélioré, occupent à présent ce vaste espace ; les derniers marronniers ont été abattus ; la rue, aristocratique et provinciale, a changé de visage. Il m'en est resté un goût déraisonnable de ces demeures à la dérive, où la ruine le dispute aux fastes anciens.
Sébastien s'entourait de marginaux; non pas les laissés-pour-compte ou les harangueurs de foule à la terrasse des cafés, mais d'aimables solitaires : ni empruntés, ni emprunteurs, pareils au chat de Kipling... «that walked by himself». Henny brillait dans cette assemblée d'un éclat surnaturel ; elle venait de Berlin, mariée en 1945 à un G.I. qu'elle ne tarda pas à plaquer pour revenir en Europe et séduire une kyrielle d'interchangeables amants, fascinés par ses yeux verts, son port de reine : Lorelei et ribaude, à la fois. Figuraient encore l'arrière-petite-fille d'un maréchal de France, qui jouait au derviche tourneur, faute de savoir à quel saint se vouer; successivement, des clandestins du FLN et de l'OAS ; Nina la Polonaise, rescapée du ghetto de Lvov; un ex-instituteur breton; un peintre roumain; une sorcière catalane, promenant «Sabu» en laisse - horrible matou noir que la lecture, même à voix basse, des nouvelles d'Edgar Poe rendait enragé; un Algérien baptisé Moineau, je ne sais pourquoi (on ne posait pas de questions inutiles chez notre hôte; on ne se renseignait pas : aimer nous suffisait)...


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