Auteur : Marcus Malte
Date de saisie : 18/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Zulma, Honfleur, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.50 € / 121.35 F
GENCOD : 9782843043895
Sorti le : 11/01/2007
Alexandre Astrid reçoit un jour par la poste un manuscrit anonyme intitulé Garden of love, placé ainsi sous le signe du grand poète anglais William Blake. Vite, entre les lignes, Alex, flic paumé sur la touche, y lit une version troublante, et même diabolique, de sa propre vie. A travers les «liaisons dangereuses» d'un trio de jeunesse - amours trahies, blessures d'enfance, fantômes et monstres d'antan - le mystérieux auteur omniscient brouille les pistes avec une grande perversion et ouvre, comme aux échecs, un jeu de manipulations. Alexandre est renvoyé à ses souvenirs les plus douloureux, ses plus grands vertiges. Le voilà à revivre un épisode déterminant pour lui : son affrontement avec Edouard Dayms, jeune homme aussi brillant que déséquilibré, d'une impressionnante emprise sur les autres. Alex fait alors ce qu'il sait faire : il enquête, fouille, fouine. Mais cette fois, sa matière, c'est son propre passé.
Avec la force et maîtrise déjà affichées dans la Part des chiens (Prix de la ville de Saint-Quentin) ou d'Intérieur nord (Prix du Rotary Club de la nouvelle), Marcus Malte fascine par la violence et la tendresse de son univers, par ses personnages livrés à leurs failles les plus intimes. D'une ambition formelle audacieuse, Garden of love offre un affrontement fatal entre passé et présent, raison et folie, palais des glaces impitoyable, mécanique machiavélique. Marcus Malte signe un roman palpitant et virtuose, peuplé de voix mystérieuses et troublantes qui susurrent à l'oreille confidences et mensonges, tentations et remords. En tendant un véritable piège. Avec beaucoup d'aplomb.
«Je suis né en 1967 et vit depuis ce temps à la Seyne sur Mer. Devant la mer. J'ai fait des études de cinéma. Mais ça n'a pas marché. J'ai été musicien. De rock. De jazz. De variétés. Mais ça n'a pas marché. Aujourd'hui j'essaie d'écrire des histoires. On verra.»
M.M.
Composition virtuose, superbement complexe et subtile, ambiguïté permanente des voix et des événements, confusion des sentiments, des sexes, des lieux et des temps, ce texte éblouissant de Marcus Malte avance sur la corde raide entre l'ombre et la lumière, la chute et la rédemption, la violence et la mélancolie...
C'est le roman de l'heure mauve, familière de son héros, celle dont on ne sait jamais si elle est la première du jour ou la dernière de la nuit.
«Quatre hommes. Lorsque ils arrivèrent au pied de l'immeuble, il était minuit passé. Nuit d'été. Une chaleur lourde et collante. Le plus jeune avait trente-six ans, il se nommait Thierry Carmona mais tout le monde l'appelait Titi. C'était lui le guide. Il leva les yeux vers une fenêtre du troisième et dernier étage. Une lueur dorée striait les persiennes. Il sonna à l'interphone.
De là-haut elle débloqua la porte sans demander qui c'était. Elle l'attendait. Il n'avait pas donné d'heure. Il avait juste dit qu'il passerait, ce soir, avec un ou deux potes à lui. Trois, en réalité. Ça ne changeait pas grand-chose. Non, elle ne les connaissait pas. Non. Ils venaient de Corse, ils étaient là pour quelques jours, en vacances, il les hébergeait. De très bons amis. Aucun problème.
Elle ouvrit en grand la porte d'entrée de l'appartement et retourna derrière le comptoir du minibar. Elle était occupée à vider des glaçons dans un bol. Elle les entendit monter. Le bruit de leurs pas dans l'escalier, leurs voix qui résonnent, la sienne reconnaissable entre toutes, une voix haut perchée qui détonnait au premier abord. La voix de Titi le canari. Mais on s'y faisait très vite. On se fait à tout.
C'était un de ces vieux immeubles étroits du centre-ville, récemment réhabilités. Il n'y avait pas d'ascenseur. Elle se foutait de ce que les voisins pouvaient penser. Elle avait mis en sourdine un vieux CD de Shade. Le bout de ses doigts était gelé à force de tripoter la glace.
Ils firent halte sur le palier. Titi Carmona toqua contre le panneau ouvert. «C'est nous», dit-il.
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