Auteur : Marie-Pierre Pruvot
Date de saisie : 23/01/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Bonobo, Villettes, Eure
Prix : 19.00 € / 124.63 F
GENCOD : 9782352690023
Sorti le : 10/01/2007
Dans ma première vie, je suis un garçon et je souffre de vouloir manifester une vérité à laquelle on m'oppose une réalité que je refuse. C'est une prison ! L'évasion, c'est la découverte de Coccinelle, du Carrousel, des hormones...
Ma deuxième vie c'est Paris chez Madame Arthur, puis au Carrousel où je mène une vie d'artiste à succès dans la frivolité des plumes et des paillettes. C'est ma vie de travesti... celle d'avant l'opération. J'aime, on m'aime, et cependant, il me manque un rien... Il me semble que je ne poursuivais qu'un seul but : L'opération.
C'est la troisième époque de ma vie si longue de patience, c'est me battre pour obtenir ce que je considère comme mon véritable état civil et c'est me remettre aux études - abandonnées à 17 ans. Enfin, j'obtiens mon titre de professeur et j'enseigne le français pendant trente ans dans le plus grand anonymat, et la crainte d'être reconnue.
C'est une expérience somme toute banale, que d'enseigner. Elle paraît pourtant originale au terme de mon parcours. J'ai aimé ma vie. Je souhaite que vous aimiez la vôtre. Que mon témoignage soit un encouragement pour celles et ceux qui vivent encore dans l'incompréhension.
Marie-Pierre Pruvot, alias Bambi
Le livre de Marie-Pierre est la chronique authentique d'un petit garçon qui se sentait une petite fille, d'une petite fille qui devint une femme et d'une femme qui à force de ténacité trouve le succès et rencontre l'amour.
Nous suivons Marie... parce que c'est joli de suivre Marie depuis son enfance en Algérie jusqu'au cabaret du Carrousel où elle devient BAMBI, l'amie de Coccinelle, et la tête d'affiche du spectacle pendant une vingtaine d'années.
Nous suivons Marie parce qu'elle sait nous conter l'histoire simple et exaltante d'une «transition» qui bouleverse ses amours, celle aussi d'une immersion risquée dans l'Université qui la conduit à un autre métier, l'éducation nationale, où elle obtient les palmes académiques et surtout la reconnaissance de ses anciens élèves.
Nous suivons Marie parce que sa voix douce nous parle, là au creux de l'oreille, avec juste ce qu'il faut d'intimité et de sincérité. La voix d'une amie de longue date.
«Je n'ai pas choisi ma vie. J'ignore par qui ou par quoi elle me fut imposée. Lorsqu'à quatre ans je refusais mon prénom et je voulais avoir mes robes, je menais mon combat. Je l'ai conduit comme j'ai pu. Je ne sais si j'ai vaincu.»
Enfance inquiète
Une robe et un prénom
Tout en enfilant ma nouvelle robe, je surveillais ma soeur du coin de l'oeil. Elle faisait semblant de ne pas me voir, mais je sentais qu'elle guettait une défaillance : dès qu'elle me verrait en difficulté pour venir à bout de la longue rangée de boutons, elle s'empresserait : «Je savais bien que tu n'y arriverais pas. Laisse-moi faire.» C'était sans méchanceté, seulement pour m'être utile, disait ma mère, mais cette supériorité d'aînée m'agaçait. J'avais quatre ans et demi, elle juste huit. J'aurais aimé pouvoir me passer de son aide ; ce n'était pas toujours possible. Je n'atteignais pas encore les interrupteurs. J'avais beau me hisser sur la pointe des pieds, faire tous mes efforts, je n'arrivais pas à allumer la lumière. Je l'appelais, elle accourait. Elle en éprouvait une fierté qui me dépitait. Chaque jour, j'espérais avoir gagné quelques centimètres. Hélas ! si on me disait parfois que j'avais encore grossi, on me disait rarement que j'avais grandi. Alors, à certains moments, la sensation que le monde était figé, définitif, que j'aurais toujours quatre ans et demi, ma soeur huit, que je demeurerais dans cet état d'infériorité, tout cela me remplissait d'impatience et de colère. Et puis, je n'avais droit qu'à ses vieilles robes, ses vieilles chaussures, et même à ne jouer qu'avec Colin, son vieux poupon de celluloïd qui avait un temps fermé les paupières en s'endormant. Il n'avait plus que deux trous à la place des yeux tombés dans la tête creuse, et il tintait comme un grelot si on n'y prenait pas garde. C'était trop injuste !
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