Auteur : Eugène Enriquez
Date de saisie : 14/01/2007
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Erès, Ramonville-Saint-Agne, France
Collection : Sociologie clinique
Prix : 23.00 € / 150.87 F
GENCOD : 9782749206929
Sorti le : 04/01/2007
Le projet de cet ouvrage est de souligner les aspects profondément mortifères du pouvoir, non pas pour s'y complaire et aboutir à quelque fatalisme, mais, bien au contraire, en essayant de comprendre ses racines inconscientes et ses emprises sociales, en dévoilant et en décryptant ses diverses figures, de permettre aux individus et aux groupes de saisir ce qui les conduit au mépris de l'autre et à l'émergence du désir de sa mort physique ou psychique.
La possibilité d'un pouvoir qui serait essentiellement «bon», le travestissement de celui-ci en simple autorité ou en un ensemble de décisions rationnelles ayant pour but le seul «bien commun» sont analysés et placés, par Eugène Enriquez, au rang d'illusions rassurantes et mystificatrices. En revanche, il porte son attention sur les différentes sources du pouvoir et son rapport avec le sexuel, la guerre totale, la pulsion de mort, la tendance à la «servitude volontaire», pour explorer ce qui constitue l'énigme du pouvoir.
Au carrefour de la sociologie, de la psychosociologie, des sciences politiques et de la psychanalyse, cet ouvrage, élaboré dans la suite d'une série d'essais précédemment publiés sous le titre Les figures du maître, met en lumière les caractéristiques occultées, refoulées ou réprimées du pouvoir, ce qui les rend d'autant plus opérantes.
Eugène Enriquez, professeur honoraire de sociologie à l'université de Paris 7, est corédacteur en chef de la Nouvelle revue de psychosociologie (érès).
Extrait de l'introduction :
Si la question du pouvoir est, depuis longtemps, au centre de mes préoccupations, c'est, sans doute, parce qu'étant enfant puis adolescent, j'ai vécu la Seconde Guerre mondiale et que j'ai été frappé par la capacité des nations dites civilisées à adopter et à magnifier des conduites barbares. Depuis cette époque, j'ai compris, comme le disait W. Benjamin (1921), que «tout document de culture est aussi un document de barbarie».
Plus tard, je me suis rendu compte, en menant des recherches-actions et des interventions dans des institutions et des organisations (appartenant aussi bien aux domaines industriel, commercial, administratif qu'à ceux de la sphère dite non marchande - celle de l'Éducation nationale, et du secteur sanitaire et social) que la violence, sous des formes manifestes ou subtiles et insidieuses, n'épargnait pas ces dernières et que le pouvoir qui s'y manifestait était, bien souvent, de facture mortifère. Progressivement, en m'intéressant également au fonctionnement des États modernes et au type de lien social qui s'y tissait, je me suis aperçu qu'ils étaient eux aussi le siège d'une violence dite légitime (pour reprendre l'expression de M. Weber) et n'échappaient pas au travail, de ce que Freud avait nommé, la pulsion de mort.
Aussi, je me suis donné pour tâche de comprendre, d'interpréter, d'expliquer, si cela est possible, les processus qui amènent des sociétés globales, des institutions et des organisations à vivre sous l'égide d'un pouvoir mortifère. Tel est le but du présent ouvrage, bien que je ne me masque pas les difficultés inhérentes à un tel projet.
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