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L'avenir dure longtemps. Les faits

Couverture du livre L'avenir dure longtemps. Les faits

Auteur : Louis Althusser

Date de saisie : 28/01/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Stock, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

GENCOD : 9782234059603

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

«Il est probable qu'on trouvera choquant que je ne me résigne pas au silence après l'acte que j'ai commis, et aussi le non-lieu qui l'a sanctionné et dont j'ai, suivant l'expression spontanée, bénéficié.
Mais si je n'avais pas eu ce bénéfice, j'aurais dû comparaître. Et si j'avais dû comparaître, j'aurais eu à répondre.
Ce livre est cette réponse à laquelle autrement j'aurais été astreint. Et tout ce que je demande, c'est qu'on me l'accorde; qu'on m'accorde maintenant ce qui aurait pu alors être une obligation.
Bien entendu, j'ai conscience que la réponse que je tente ici n'est ni dans les règles d'une comparution qui n'a pas eu lieu, ni dans la forme qu'elle y aurait prise. Je me demande toutefois si le manque, passé et à jamais, de cette comparution, de ses règles et de sa forme, n'expose pas finalement plus encore ce que je vais tâcher de dire à l'appréciation publique et à sa liberté. En tout cas je le souhaite. C'est mon sort de ne penser calmer une inquiétude qu'en en courant indéfiniment d'autres.»

Par ces mots qui ouvrent L'Avenir dure longtemps, un texte qu'il avait lui-même dactylographié et soigneusement préservé, projetant sa publication de son vivant, Louis Althusser souligne l'enjeu essentiel de ces pages en grande partie rédigées en 1985 : soulever la «pierre tombale du silence» posée sur lui depuis le meurtre de sa femme en novembre 1980.
Ce document, unique en son genre, et d'une intensité tragique exceptionnelle, est suivi d'une première esquisse autobiographique, Les Faits, rédigée en 1976.
Le texte de ces deux autobiographies a été établi et présenté par Olivier Corpet et Yann Moulier Boutang.

Nouvelle édition augmentée de nombreux textes inédits




  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 25 janvier 2007

C'était un dimanche matin. Le 16 novembre 1980, Louis Althusser étranglait sa femme,... L'horreur, l'inexplicable. A la mort du philosophe, dix ans plus tard, des inédits sont retrouvés dans ses archives à l'Imec, dont «L'avenir dure longtemps», une bouleversante tentative autobiographique au titre emprunté à de Gaulle... le directeur de l'Imec, Olivier Corpet, et Yann Moulier Boutang, le biographe d'Althusser, publient ce texte, suivi d'un autre inédit, «Les faits». Lors de son passage en poche, ils augmentent ce livre d'annexes passionnantes. Réédité aujourd'hui, l'ouvrage redonne accès à des lettres adressées aux proches et à des documents stupéfiants...



  • Les premières lignes

Tel que j'en ai conservé le souvenir intact et précis jusque dans ses moindres détails, gravé en moi au travers de toutes mes épreuves et à jamais - entre deux nuits, celle dont je sortais sans savoir laquelle, et celle où j'allais entrer, je vais dire quand et comment : voici la scène du meurtre telle que je l'ai vécue.
Soudain, je suis debout, en robe de chambre, au pied de mon lit dans mon appartement de l'École normale. Un jour gris de novembre - c'était le dimanche 16, vers neuf heures du matin -vient à gauche, de la très haute fenêtre, encadrée depuis très longtemps de très vieux rideaux rouge Empire lacérés par le temps et brûlés par le soleil, éclairer le pied de mon lit.
Devant moi : Hélène, couchée sur le dos, elle aussi en robe de chambre.
Son bassin repose sur le bord du lit, ses jambes abandonnées sur la moquette du sol.
Agenouillé tout près d'elle, penché sur son corps, je suis en train de lui masser le cou. Il m'est souvent advenu de la masser en silence, la nuque, le dos et les reins : j'en avais appris la technique d'un camarade de captivité, le petit Cler, un footballeur professionnel, expert en tout.
Mais cette fois, c'est le devant de son cou que je masse. J'appuie mes deux pouces dans le creux de la chair qui borde le haut du sternum et, appuyant, je rejoins lentement, un pouce vers la droite un pouce vers la gauche en biais, la zone plus dure au-dessous des oreilles. Je masse en V. Je ressens une grande fatigue musculaire dans mes avant-bras : je sais, masser me fait toujours mal aux avant-bras.
Le visage d'Hélène est immobile et serein, ses yeux ouverts fixent le plafond.
Et soudain je suis frappé de terreur : ses yeux sont interminablement fixes et surtout voici qu'un bref bout de langue repose, insolite et paisible, entre ses dents et ses lèvres.
Certes j'ai déjà vu des morts, mais de ma vie je n'ai vu le visage d'une étranglée. Et pourtant je sais que c'est une étranglée. Mais comment ? Je me redresse et hurle : j'ai étranglé Hélène !


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