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Toutes ces vies qu'on abandonne

Couverture du livre Toutes ces vies qu'on abandonne

Auteur : Virginie Ollagnier

Date de saisie : 12/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : L. Levi, Paris, France

Collection : Littérature

Prix : 18.00 € / 118.07 F

GENCOD : 9782867464324

Sorti le : 04/01/2007


  • La présentation de l'éditeur

En décembre 1918, à Annecy, l'armistice est signé, mais les trains continuent de ramener du front des hommes à jamais meurtris. L'un d'eux, à l'identité inconnue, semble ne pas vouloir se réveiller. C'est à Claire, une jeune novice travaillant depuis quatre ans dans son service, que le professeur Tournier confie la tâche de ramener à la vie ce corps muet, refermé sur ses souvenirs. Par fragments l'inconnu se dévoile au lecteur et la jeune infirmière, à elle-même... Les débuts de la psychiatrie, les vestiges de la guerre et l'apprentissage du désir forment un violent mélange qui en quelques semaines peuvent faire basculer toute une vie.

Virginie Ollagnier, née à Lyon en 1970, est formatrice en communication écrite et en ergonomie, et scénariste de la bande dessinée Kia Ora. Elle signe là son premier roman.




  • Les premières lignes

Mercredi 4 décembre 1918

Sa robe soulevée jusqu'à la naissance de ses bottines crottées, vraiment cela ne faisait pas sérieux. Claire le pensait bien, mais s'en moquait. De toute façon elle était pressée et personne ne levait les yeux sur elle. Elle avait bien plus peur que la pluie ne fasse boucler ses cheveux de novice. Claire les ramena sous son foulard d'un geste vif. La dureté de l'air glacé dans sa poitrine se faisait sentir, mais elle ne ralentit pas.
Les soldats qu'elle dépassait arrivaient des derniers hôpitaux de campagne qui les renvoyaient chez eux, maintenant que la guerre était finie. Finie était un bien grand mot quand elle les voyait dans les ambulances. Ils arrivaient comme ce matin, par vagues, en train, tous ensemble, comme s'ils obéissaient une dernière fois à un ordre lointain, rentrer à Annecy. Elle se disait que l'hiver était la saison qui convenait à la désolation. Des hommes marchant seuls dans l'angoisse de retrouver leur famille. Lors de leur première arrivée, elle les espérait chantant presque leur joie d'être de retour, mais elle avait vite compris le silence obstiné de ces survivants.
Elle hâta son pas. Il fallait qu'elle arrivât avant eux pour les orienter. Être là, tout simplement. La pluie était plus fine à présent, mais le froid ne lui parut que plus intense. Elle glissa, se rattrapant au bras d'un soldat qui lui sourit à peine. Elle s'essoufflait un peu et ses joues lui semblaient amidonnées. Au bout du chemin, les portes de l'hôpital étaient ouvertes et les premiers soldats entraient déjà dans la cour. La longue colonne d'uniformes trempés avançait. En la voyant ils s'écartaient, lui cédant le passage sur les pavés. Parfois l'un d'eux la taquinait. Alors elle s'arrêtait pour chahuter avec lui, si heureuse de voir la vie continuer, pour certains, juste un instant.


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