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La décimation

Couverture du livre La décimation

Auteur : Rick Bass

Traducteur : (Etats-Unis) Anne Wicke

Date de saisie : 29/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 25.00 € / 163.99 F

GENCOD : 9782267018783

Sorti le : 04/01/2007

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Écrit durant les premiers jours de l'invasion américaine en Irak, ce roman s'inspire de l'une des aventures militaires les plus absurdes et les plus tragiques de l'histoire américaine. Durant les premiers temps de la république du Texas (dans les années 1840), deux jeunes de la campagne en quête de gloire se portent volontaires pour une expédition dont la mission consiste à patrouiller à la frontière avec le Mexique. Capturés lors de l'attaque d'un village mexicain, les hommes de l'expédition s'évadent mais sont repris. Ils subissent alors la terrible loi du diezmo : tiré au sort au moyen de haricots, un homme sur dix est condamné à mort. Les survivants sont enfermés dans la plus terrible prison du Mexique, où ils seront utilisés comme monnaie d'échange dans le jeu politique et diplomatique qui va décider du destin du Texas. Rick Bass s'essaye ici à la fiction historique, ce qu'il n'avait encore jamais fait. Mais l'évocation talentueuse du paysage américain et l'empathie qu'il déploie pour ses personnages placés dans des situations extrêmes sont bel et bien là, dans ce roman qui n'est pas sans rappeler Stephen Crâne ou Cormac McCarthy.

Né en 1958, Rick Bass a grandi à Houston, Texas, avant de faire des études de biologie et de géologie à l'université de l'Utah. Il travaille pendant plusieurs années dans le Mississipi comme géologue spécialisé dans les gisements de pétrole et de gaz, ainsi qu'en témoigne son livre, Oil Notes. Rick Bass dit avoir appris à écrire en lisant les romans de Jim Harrison, Eudora Welty et Thomas McGuane. Il est l'auteur d'une douzaine de livres de fiction, dont les recueils de nouvelles intitulés Le Guet et Dans les monts loyauté. Le sud profond et le Montana constituent les décors privilégiés de ses fictions.




  • La revue de presse Florence Noiville - Le Monde du 26 janvier 2007

Ils se battent. Il faut voir comme ils se battent, les personnages de Rick Bass : une mêlée de furieux, de possédés. Comme toujours, ils sont partis la fleur au fusil, avides d'en découdre, écoeurés par la "douceur molle" des périodes de paix. Ils ont des rêves de gloire plein la tête, comme si tuer pouvait donner un sens à leur vie.
Et puis c'est la débâcle, le fiasco annoncé...
Décimation, de l'Américain Rick Bass, est d'abord un formidable, un inoubliable carnet de guerre. Des notes sèches, sans commentaires, des images staccato, des hommes surpris par une rafale de balles, "levant les bras au ciel comme s'ils voulaient s'envoler"... Mais ce qui semble surtout avoir inspiré Rick Bass, c'est l'Irak. Il avoue d'ailleurs avoir commencé son roman "durant les premiers jours de l'invasion de Bagdad". Quelle que soit l'époque, l'odeur du sang humain est la même. Une guerre est toujours le miroir d'une autre.
Oui, c'est bien là le défi du roman : regarder la guerre droit dans les yeux. Tenter d'en décortiquer, non seulement l'horreur, mais aussi - surtout ? - l'irrémédiable séduction. La "fascination hypnotique". Le "sentiment d'avoir été choisi"... Ces terribles alliances de mots, guerre/désir, guerre/beauté, guerre/amour, c'est le narrateur qui nous les fait entendre... Les cris non poussés sont les cris les plus forts. Comme cette question muette qui traverse tout le livre : pourquoi tuons-nous ?...



  • Le bouche à oreille des écrivains

Catherine Lépront - 30/03/2007



  • Les premières lignes

Le départ

J'étais aussi follement avide de gloire que chacun de mes compagnons. Mais, assez vite, nous vîmes tous les choses autrement, car nous avions abandonné ces rêves de gloire et ne nous battions plus que pour gagner. Puis, tout aussi rapidement, nous n'avons plus pensé à rien d'autre qu'à un grand verre d'eau fraîche ; enfin, avant même que tout fût terminé, nous ne désirions plus qu'une seule chose, rentrer au pays.
Quelle était la part de la haine, quelle était celle de l'amour ? Dans notre expédition, les deux étaient également présents. Nos commandants, Thomas Jefferson Green (qui fut ainsi nommé en l'honneur de son grand-oncle de Virginie) et le capitaine William S. Fisher, furent dès le départ enclins à tresser les deux ensemble, l'amour et la haine, de façon à pouvoir, au bout du compte, nous posséder totalement. Nous devînmes une sorte de corde, qu'ils maintenaient enroulée sur elle-même, avant de l'utiliser pour servir leurs propres buts - Thomas Jefferson Green étant à la poursuite de l'amour, à mon avis, tandis que Fisher était tout entier attaché à l'assouvissement de sa haine. C'est un miracle si certains d'entre nous s'en sont sortis vivants, et même si je n'avais que seize ans lorsqu'ils sont arrivés chez nous à cheval, cherchant à recruter des volontaires, je ne les tiens pas pour responsables de ce qui fut mon libre choix. Ils ne faisaient que passer : l'un invoquant le patriotisme, l'autre la vengeance. À eux deux, ils convainquirent les quelques-uns d'entre nous qui n'avaient pas encore été emportés par l'une ou l'autre de ces deux émotions.


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