Auteur : Peter Szendy
Date de saisie : 19/01/2007
Genre : Politique
Editeur : Minuit, Paris, France
Collection : Paradoxe
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7073-1985-2
GENCOD : 9782707319852
Sorti le : 11/01/2007
L'actualité politique, nationale et internationale, ne cesse d'apporter son lot d'affaires et de scandales liés à ce qu'on appelle des écoutes : celles de l'Elysée, celles qui ont touché l'Onu au plus haut niveau...
D'où vient cette surenchère de et dans l'écoute, d'où nous arrive cette surécoute généralisée ? C'est ce qu'il s'agit d'analyser ici, en suivant d'abord le cours d'une longue histoire des taupes : depuis la Bible jusqu'au récent réseau d'espionnage nommé " Echelon ", en passant par les projets " panacoustiques " de Jeremy Bentham au XVIIIe siècle. Mais, parallèlement à cette archéologie de la surveillance auditive, il y a aussi sa représentation, sa mise en scène dans des oeuvres : tels opéras de Mozart, tels films de Hitchcock, de Fritz Lang ou de Coppola...
Les " grandes oreilles " des taupes y sont réfléchies ; comme dans Le terrier de Kafka, elles s'y retrouvent, à leur tour, sur écoute.
...Peter Szendy traque seulement les espions fictifs, «dépeints ou décrits» dans les films, les opéras ou les livres. C'est de l' Orfeo de Monteverdi et de Wozzeck d'Alban Berg qu'il s'agit donc ici, des Limiers de Sophocle et du Terrier de Kafka, du Fantôme de l'opéra de Gaston Leroux, des Noces de Figaro et du Don Giovanni de Mozart, du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, des films de Fritz Lang, Hitchcock, Coppola, David Lynch, Brian De Palma, de la pensée d'Adorno «lorsqu'elle prend l'écoute musicale pour objet», de Nietzsche, Foucault, Deleuze ou Barthes, de la Carte postale et du «dernier rêve» de Jacques Derrida auquel Sur écoute est dédié.Avant de surécouter dans les oeuvres les «personnage à l'écoute» et de les espionner tandis qu'ils écoutent, Szendy se livre à une sorte d' «archéologie de la surveillance auditive».
Suis-je écouté ?
Est-ce qu'on m'entend, est-ce qu'on me capte, est-ce qu'on m'épie quand je parle, quand je confie des secrets, quand je livre une pensée ou une opinion ?
Mais non, me dis-je en me raisonnant, quel motif aurait-on de me surveiller ainsi ? Il n'y a rien, n'est-ce pas, qui puisse me porter à croire que je serais sur écoute ?
Certes, en lisant les journaux, je trouve des indices récurrents, et souvent inquiétants, du développement inouï que semble connaître la surveillance auditive, dans ses formes les plus violemment arbitraires. Ce furent notamment les écoutes de l'Elysée, dont le procès bat son plein tandis que j'écris ; puis, plus récemment, celles qui visaient le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan. Ou encore «Echelon», ce système d'espionnage qui, dit-on, pourrait intercepter toutes les communications circulant dans le monde : créé en 1947 par les États-Unis et la Grande-Bretagne, Echelon est un réseau né de la guerre froide que la National Security Agency américaine a reconverti, dans les années quatre-vingt-dix, à des fins civiles et économiques.
Des radars et autres instruments de captation qui constituent ces trames d'écoute ou ces filets auditifs en pleine expansion, on dit volontiers - c'est une expression entrée dans la langue des journaux - que ce sont de «grandes oreilles». Face auxquelles, oui, il m'arrive de trembler en songeant qu'elles m'entendent, moi aussi. Et je ne suis pas le seul, loin de là, tant il est vrai qu'un certain fantasme d'écoute s'est désormais installé, logé aussi bien dans les gestes quotidiens que dans l'actualité politique.
D'où vient-il, ce fantasme qui hante nos scènes, réelles ou fictives ? Qu'il surgisse dans la vie ou dans les histoires qui se racontent, d'où tire-t-il sa force de hantise ?
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli