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Deuil à Chailly

Couverture du livre Deuil à Chailly

Auteur : Lionel-Edouard Martin

Date de saisie : 22/02/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Arléa, Paris, France

Collection : Littérature générale

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-86959-757-0

GENCOD : 9782869597570

Sorti le : 04/01/2007


  • La présentation de l'éditeur

" Les cloches se sont mises à sonner, des pulsations lourdes dans l'air.
Des gens guettaient devant chez eux le passage du convoi. A mesure, ils se sont joints à nous. Du bistrot, des hommes sont sortis à la hâte pour s'agglomérer pensivement au cortège. Ils avaient dû, d'un revers de la main, s'essuyer lestement la bouche. Leur haleine sentait le vin tout juste supérieur. " Dans un village du Poitou, un vieil homme vient de mourir. A ses obsèques, en même temps que la foule des familiers, se pressent les souvenirs du narrateur, relayé, tout au long du texte, par la voix de sa grand-mère : évocation d'un monde rural en déshérence, légendes familiales, marquées d'incertitudes et de non-dits, paysage investi par le calcaire et l'eau...

D'origine poitevine, Lionel-Edouard Martin est aujourd'hui professeur de lettres à l'université de Fort-de-France.



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  • La revue de presse Xavier Houssin - Le Monde du 23 février 2007

Avec Deuil à Chailly, Lionel-Edouard Martin a déposé un silence entre les lignes de la partition de cette rentrée littéraire de début d'année. Un soupir plutôt. Son livre raconte les quelques jours qui suivent la mort d'un très vieil homme, de l'organisation des obsèques à la fosse refermée. Nous sommes dans un village du Poitou, l'été de la canicule. L'air est solide, figé dans la touffeur. Celui qui est mort s'appelle Ernest. "Il avait fait son temps." Parti sans dire un mot à 97 ans. C'est l'oncle du narrateur, celui de son père plutôt...
Son texte d'aujourd'hui est une magnifique prose, toute en métaphores intimes et en ressentis troublants. On s'y abandonne très loin. Il mélange en petites touches, une mélancolie douce et une incisive justesse qui rendent chacun de ses mots proches et partagés.


  • La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 10 janvier 2007

Au-delà de l'épisode familial, du caractère tragique et ordinaire de l'histoire de ce couple si mal assorti, c'est la qualité de l'écriture de Lionel-Edouard Martin, sa fermeté et sa netteté qui font toute la force de ce texte d'une ardente noirceur, qu'on croirait placé sous le parrainage conjoint de Marcel Arland et de Pierre Michon. Une prose faussement classique, en réalité profondément nerveuse, saturée d'ironie froide et d'une sensualité extrêmement terrienne - odeur mêlée d'humus et de venaison, de pourriture et de pluie, de vin et de torpeur estivale.



  • Les premières lignes

La grille enclôt le jardin, le ferme à la rue.

J'y taille dans un vaste laurier-sauce la forme d'une haie. Le laurier-sauce est un arbuste luxuriant, qui multiplie partout les rameaux vert tendre, les feuilles dures, ligneuses. Mais le jour y pénètre avec plus de facilité que dans d'autres essences, le buis, par exemple, presque imperméable à la lumière. J'y taille donc une haie peu touffue ; l'intérieur au grand soleil d'été légèrement agité par la brise évoque, en végétal, l'ambiance de ces églises aux vitraux modernes : clarté miroitante, dégradés qui palpitent, vibration des pastels.
Je travaille à la cisaille. Mon outil - deux longues lames d'acier assujetties par un écrou - ne concède à la modernité qu'un amortisseur de caoutchouc et des poignées ergonomiques ; malheureusement, je n'ai pas la paume standard, et les encoches prévues pour les phalanges me sont de peu d'utilité. Ma mère dit toujours : «As-tu de petites mains !» ; j'ajouterai : «Et mal habiles au jardinage, au travail de la matière.» En vérité, je préfère manipuler d'autres objets : ceux qui servent à l'écriture, à la lecture ; caresser des formes douces.
De l'amas de feuilles tranchées, certaines cloquées par la maladie, monte une odeur musquée de civet de lapin. L'association d'idées jure avec l'image de l'église végétale : mais à quoi bon vouloir lier mes impressions, je n'écris pas, je taille un arbre.


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