Auteur : Dominique Mainard
Date de saisie : 06/04/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : J. Losfeld, Paris, France
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-07-078726-5
GENCOD : 9782070787265
Ce roman se déroule dans une petite ville française, divisée entre une cité et un quartier pavillonnaire cossu et somnolent.
Mado y habite seule un pavillon. Elle n'a jamais eu d'autre amie qu'Albanala, une étrangère, cartomancienne à ses heures. Un jour, celle-ci lui présente sa nièce, Julide, une fillette alors âgée d'une dizaine d'années, et au fil du temps une profonde tendresse naît entre Mado et l'enfant. Le père de Julide est né dans un pays étranger, et sa mère est issue d'une campagne française. Dans un lieu comme dans l'autre, les mariages sont le fruit de la raison et non des sentiments : ainsi l'adolescente est-elle fiancée dès l'âge de seize ans à un cousin, sort auquel elle se plie.
Mais Mado la voit se résigner avec tristesse et impuissance, avec le sentiment que s'éteint la flamme qui habitait la jeune fille. Un jour, Albanala retourne dans son pays natal sans un mot d'explication, mais avant cela elle fait jurer à sa nièce de veiller sur Mado. Arrive en ville un homme que l'on surnomme l'Indien. Dès l'instant où Mado l'aperçoit, elle en tombe éperdument amoureuse. Mais pourquoi le fuit-elle lorsqu'il cherche à l'approcher ? Et pourquoi Julide s'efforce-t-elle d'empêcher à tout prix une rencontre ? Tous les thèmes chers à Dominique Mainard sont présents dans ce roman, l'exil, le monde imaginaire, les secrets et les mensonges, et enfin, les rencontres improbables qui seules nous permettent d'échapper à nous-mêmes.
Dominique Mainard est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de romans, dont Leur histoire, paru en 2002, qui a été couronné par le Prix du Roman FNAC et le prix Alain-Fournier. Il a également fait l'objet d'une adaptation cinématographique, sous le titre Les mots bleus, réalisée par Alain Corneau en 2005. Son dernier livre, Le ciel des chevaux, a paru en 2004.
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Peuplé de créatures sur le fil du rasoir, l'univers singulier de Dominique Mainard (photo) a conquis un public de fidèles de plus en plus nombreux...
A priori, cet amour entre une vieille dame et un jeune homme de passage semble bien improbable. Pourtant la mémoire, qui d'ordinaire joue de mauvais tours aux personnes âgées, va cette fois accomplir un petit miracle. Et l'histoire, qui semblait promise à une fin sinistre, tourne à la féerie. Une fois de plus, on tombe sous le charme des contes de Dominique Mainard. Cette romancière des vies minuscules a l'art de réenchanter le quotidien.
Dominique Mainard est une conteuse subtile qui natte ses fils avec autant de mystère que de poésie. Elle écrit avec une plume légère et beaucoup d'art, du silence, des éclats de lumière, une attention extrême à la respiration des êtres et des mots. Je voudrais tant que tu te souviennes est une dentelle, tissée d'attente et de non-dits, de retenue et de transgression. Il faut la soulever doucement, il faut regarder au travers. Pas seulement pour lire avec bonheur la fulgurante et merveilleuse histoire de cet amour impossible, mais pour déchiffrer entre les lignes ce que «l'Indien» cherche dans le ciel et Mado dans la poussière : «les failles et les reliefs et les changements perpétuels». Ceux du coeur. Ceux de la vie.
Dominique Mainard est une délicate, une pudique, une pourvoyeuse d'histoires faussement ordinaires, plutôt rebelles, mais en douce. De nouvelles en romans, elle s'est inventé un univers habillé de chuchotis, violences cachées, paroles murées...
Dominique Mainard nous ballotte, inverse l'ordre des choses, fait perdre la tête au temps. Il y a dans ce Je voudrais tant que te souviennes une mélancolie à rendre magnifique la plus insignifiante des romances. Les deux personnages deviennent attachants, à jamais énigmatiques.
L'histoire commence ainsi.
Sur les deux couchettes du bas, ses petites soeurs dorment déjà, vêtues de pyjamas identiques, allongées sur le dos, le visage tourné vers le mur comme, dit leur mère en riant, les femmes dorment dans leur famille depuis des générations. Sur la couchette du haut, Julide regarde la nuit, les yeux écarquillés, ce noir jamais tout à fait noir des chambres où l'on dort à plusieurs.
La chambre est étroite, il n'y a de place que pour les lits superposés et trois bureaux alignés les uns à côté des autres, avec trois chaises de hauteur différente et des poupées assises sur deux d'entre elles, des poupées couturées, presque chauves, qui ont trop vécu. Les murs sont tapissés d'un papier vert et orange à grandes fleurs qui n'a pas été changé depuis trois locataires et où des enfants possédant le même sens du secret griffonnent depuis vingt ans de mystérieux messages autour du coeur des fleurs et le long des tiges, là où jamais un adulte n'aurait l'idée de regarder.
Le vent a poussé le battant de la fenêtre. Julide le sent entrer dans la chambre, et avec lui entre un peu de l'odeur de pluie et de terre qui s'élève des pelouses de la cité.
Le sommeil ne vient pas et elle se glisse hors du lit, enjambant ses petites soeurs qui ressemblent tant à la fillette qu'elle n'est plus qu'elle a le sentiment parfois d'enjamber son enfance. Elle se penche à la fenêtre et respire l'odeur du ciment mouillé, une odeur de chantier, l'odeur de ce qui n'est pas fini et ne le sera jamais. L'appartement où ils vivent est au rez-de-chaussée, et la chambre donne sur cette pelouse parsemée de tessons de bouteille et de mégots de cigarettes, mais où poussent ici et là des pâquerettes et des pissenlits. C'est une cité de petite ville, trois immeubles gris à la lisière d'un quartier de pavillons dont la peinture s'écaille et dont les jardins ne contiennent que des buissons de roses chétives.
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