Auteur : Olivier Charneux
Date de saisie : 15/03/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 15.50 € / 101.67 F
GENCOD : 9782234059351
Nous vivons des vies héroïques
«Et vous, comment vous débrouillez-vous avec la vie ?» Telle est la question que j'ai posée à quarante personnes vivant en France, des inconnus de tous âges et de toutes origines, rencontrés au hasard ou suivant mes envies. Ecrire leurs portraits était mon désir. Savoir où nous en étions aujourd'hui, eux et moi, m'importait. J'avais le sentiment d'être perdu, de ne plus voir la réalité. Ces gens-là m'ont aidé à comprendre mon propre parcours. Leurs histoires m'ont donné du courage, ils m'ont incité à poursuivre dans l'écriture. Oui, nous avons tous une vie héroïque dont la littérature pourrait s'occuper.
À vous maintenant d'aller vers nous.
O. C.
Olivier Charneux est né en 1963 à Charleville-Mézières. Il a publié deux romans chez Stock, La grande vie et Les dernières volontés, deux récits autobiographiques au Seuil, L'Enfant de la pluie et Être un homme. Il écrit régulièrement pour le théâtre. Avec Nous vivons des vies héroïques, il poursuit un autoportrait littéraire singulier.
Pas d'effets de style. Seule compte la vérité. Il a croisé, quelques minutes, quelques heures et un peu plus parfois, des hommes et des femmes à qui il a demandé s'il pouvait écrire leur portrait. Ce sont des inconnus ou presque, des gens de hasard, des rencontres de route. Il les a trouvés un peu partout en France. La Touraine et Paris. La Normandie. Les Flandres. La Meuse. Le Midi, la Méditerranée...
Est-il entomologiste, Charneux ? Nosographe ? Sociologue ? Pas vraiment. Pas du tout. Il écrit dans une proximité sans embarras les aventures ordinaires, mais si peu dites ainsi, de fantassins du quotidien, de héros à bas bruit, qui s'accrochent à leur vie. Celle qui s'en va doucement si on ne s'y arrête pas...
Olivier Charneux s'est tu pendant six ans...
Il a renoué avec l'écriture "grâce aux autres". En donnant voix aux autres. Ce dernier texte se révèle abrupt de sincérité touchante.
Le sourire de Neuvy
Il était là, attablé devant une bière, face à la porte d'entrée du seul bar de Neuvy, Le Rendez-vous, un rayon de soleil sur son visage, sourire déployé. (Un sourire difficile à interpréter et dont les origines mystérieuses ouvraient l'imaginaire.) L'alcool faisait-il son effet ? Son sourire révélait-il une attitude face à la vie, un détachement ironique ? Ou bien souriait-il de moi, l'étranger qui débarque et qui ne sait pas où il est ? Je le saluai, commandai un café au comptoir, le bus tout en interrogeant la patronne sur la situation du supermarché, de la poste, de la piscine. Il complétait ses réponses quand celle-ci doutait ou ne savait pas exactement, révélant par là même qu'elle n'était pas du coin, elle non plus. Puis il me demanda quand je comptais aller au supermarché, si je pouvais l'y emmener. Rien ne pressait. Il avait tout son temps. Je lui proposai maintenant, après mon café. Et nous partîmes.
Il me tutoya tout de suite. Il paraissait à l'aise dans ma voiture, fuma avec mon autorisation, ouvrit la fenêtre. Nous nous présentâmes. Il s'appelait Nadir. Né en Algérie, il avait débarqué en France en 1963 à l'âge de deux ans. Il paraissait à la fois physiquement plus âgé que ses quarante-quatre ans et plus jeune mentalement, dans le sens où jeunesse peut parfois être synonyme d'ouverture au monde, de largesse d'esprit. Il s'exprimait avec aisance. Le paysage défilait : champs vallonnés, bosquets. La lumière forte de midi au soleil donnait un air d'été à cet automne débutant. Je le questionnai.
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