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Politique de la littérature

Couverture du livre Politique de la littérature

Auteur : Jacques Rancière

Date de saisie : 16/03/2007

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Galilée, Paris, France

Collection : La philosophie en effet

Prix : 28.50 € / 186.95 F

GENCOD : 9782718607351


  • La présentation de l'éditeur

La politique de la littérature n'est pas celle des écrivains et de leurs engagements. Elle ne concerne pas non plus la manière dont ils représentent les structures sociales ou les luttes politiques. L'expression «politique de la littérature» suppose un lien spécifique entre la politique comme forme de la pratique collective et la littérature comme régime historiquement déterminé de l'art d'écrire.

Ce livre s'attache à montrer comment la révolution littéraire bouleverse de fait l'ordre sensible qui soutenait les hiérarchies traditionnelles, mais aussi pourquoi l'égalité littéraire déjoue toute volonté de mettre la littérature au service de la politique ou à sa place. Il met ses hypothèses à l'épreuve sur quelques écrivains : Flaubert, Tolstoï, Mallarmé, Brecht, Borges, et quelques autres. Il en montre aussi les conséquences pour l'interprétation psychanalytique, la narration historique, ou la conceptualisation philosophique.




  • La revue de presse William Marx - Le Monde du 16 mars 2007

Il y a deux façons antagonistes d'envisager philosophiquement la littérature. Soit comme une parole qui transcende les conditions matérielles de son énonciation et se propose, en dernière analyse, comme la voix même de l'Etre : c'est l'option métaphysique, celle qu'a illustrée Heidegger. Soit, au contraire, insistant sur l'ancrage nécessaire de la littérature dans l'existence concrète, on la saisit comme l'expression historiquement située d'un rapport singulier au langage et au monde : celui d'un écrivain, d'un mouvement esthétique ou même de la société tout entière. Telle est la voie qu'a choisi d'explorer Jacques Rancière, en s'imposant depuis bien des années comme l'un des principaux penseurs de la chose littéraire...
Exigeante, cette réflexion tantôt se concentre sur des écrivains essentiels (Mallarmé : la politique de la sirène, 1996), tantôt s'élève à des considérations générales sur l'histoire de la littérature, comme dans l'essai fondamental sur La Parole muette (1998). Deux points de vue que coordonne avec une rigueur remarquable le recueil Politique de la littérature, en rassemblant une dizaine de textes, dont le plus ancien date de 1979.


  • La revue de presse Eric Loret - Libération du 1er mars 2007

Politique de la littérature est un recueil d'essais où il s'agit, à nouveau, de sauver la démocratie (cf. le récent la Haine de la démocratie, du même auteur) et une certaine modernité (Mallarmé, Flaubert), contre les rappels à l'ordre de plus en plus pressants. S'inspirant d'une tradition qui irait d'Aristote à Deleuze, Rancière pense l'esthétique et la politique indissolublement, à travers le prisme de ce qu'il nomme «le partage du sensible». Les textes présentés, abordant des figures comme Brecht, Borges ou Tolstoï, croisées avec celles de Badiou, Freud ou Benjamin, redisent et approfondissent une pensée développée depuis une dizaine d'années avec la Chair des mots et Aux bords du politique...
La littérature nous apprend «à choisir entre deux interprétations : non pas deux interprétations des paroles ou actes d'autrui, mais deux interprétations de nos propres perceptions et des affections qui les accompagnent». Soit à se constituer en sujet politique.



  • Le message de l'auteur

Jacques Rancière - 12/03/2007



  • Les premières lignes

Politique de la littérature

La politique de la littérature n'est pas la politique des écrivains. Elle ne concerne pas leurs engagements personnels dans les luttes politiques ou sociales de leur temps. Elle ne concerne pas non plus la manière dont ils représentent dans leurs livres les structures sociales, les mouvements politiques ou les identités diverses. L'expression «politique de la littérature» implique que la littérature fait de la politique en tant que littérature. Elle suppose qu'il n'y a pas à se demander si les écrivains doivent faire de la politique ou se consacrer plutôt à la pureté de leur art, mais que cette pureté même a à voir avec la politique. Elle suppose qu'il y a un lien essentiel entre la politique comme forme spécifique de la pratique collective et la littérature comme pratique définie de l'art d'écrire.
Poser ainsi le problème oblige à en expliciter les termes. Je le ferai d'abord brièvement pour ce qui concerne la politique. On la confond souvent avec la pratique du pouvoir et la lutte pour le pouvoir. Mais il ne suffit pas qu'il y ait du pouvoir pour qu'il y ait de la politique. Il ne suffit pas même qu'il y ait des lois réglant la vie collective. Il faut qu'il y ait la configuration d'une forme spécifique de communauté. La politique est la constitution dune sphère d'expérience spécifique où certains objets sont posés comme communs et certains sujets regardés comme capables de désigner ces objets et d'argumenter à leur sujet. Mais cette constitution n'est pas une donnée fixe reposant sur un invariant anthropologique. Le donné sur lequel la politique repose est toujours litigieux. Une célèbre formule aristotélicienne déclare que les hommes sont des êtres politiques parce qu'ils possèdent la parole qui permet de mettre en commun le juste et l'injuste alors que les animaux possèdent seulement la voix qui exprime le plaisir ou la peine.


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