Auteur : Gaston-Paul Effa
Date de saisie : 09/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : A. Carrière, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 17.00 € / 111.51 F
GENCOD : 9782843374289
Sorti le : 03/01/2007
En racontant sa propre histoire, on croise inévitablement des fantômes... Pour Valère, un jeune étudiant africain, c'est d'abord Hilda, une femme d'âge mûr avec laquelle il entretient une relation amoureuse à la fois rangée et chaotique. Mais c'est aussi la mère de sa maîtresse, une Alsacienne conservatrice qui mettra tout en oeuvre pour briser ce lien. C'est encore Victor, son cousin, qui est prêt à tout pour prendre sa place auprès de la belle... Sur un ton d'objectivité presque froide, la vie quotidienne de l'immigré, obligé de mentir pour survivre, est déployée dans un mélange de cynisme, de dignité et d'humour. À travers les tribulations tour à tour hilarantes et poignantes de cet antihéros de notre temps, l'auteur jette un regard acide sur notre société déchirée entre l'apologie du métissage et l'impossibilité d'un véritable dialogue entre les cultures. La figure de l'étranger devient le centre de gravité de ce récit qui révèle une attention scrupuleuse aux mutations du monde, grâce à une langue inventive et à une réflexion dont la profondeur et la compassion passent toujours par un humour décapant.
Hilda
Les Noirs aiment le bruit. Mais ils n'aiment pas la musique, la grande musique. Le son des tam-tams qui couvre les voix les encourage à se trémousser, à s'extasier sur ces rythmes insolites, à entrer dans un diurne sabbat. Cette musique est sauvage, primitive, impulsive. Est-ce parce que, comme eux, elle n'a jamais grandi ?
Je me souviens mal des notes que j'avais entendues ce soir-là. On ne se rappelle pas le visage des gens ni leur expression quand éclate la foudre qui vous éblouit. Je me souviens seulement que j'étais interloquée, intriguée, surprise qu'un Africain pût à ce point aimer la musique classique. Ce que j'entendais à travers la cloison de la chambre de bonne que je louais me comblait d'un plaisir inattendu, me ravissait, me transportait même.
Nous ne cessons d'être les juges implacables de ceux que nous ne connaissons pas. Un mot, un regard, la qualité d'un son ou seulement d'un silence sont pour nous des pièces à conviction dans le procès que nous allons leur intenter. Il m'arrivait très fréquemment d'être sensible à tel moment, tel endroit, tel instant de grâce et de n'en pouvoir point profiter, parce que, mettons, je suis une bourgeoise qui n'a jamais appris à profiter de la vie. La pudeur, la retenue, une certaine politesse : nous ne sommes plus habitués, ou si peu, ou si mal, à nous abandonner.
Copyright : Studio 108 2004-2009 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli