Auteur : Catherine Chalier
Date de saisie : 01/03/2007
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2226172983
GENCOD : 9782226172983
Sorti le : 03/01/2007
Dans notre société souvent sceptique et désabusée, les anges continuent de fasciner.
Etre invisibles et proches de l'homme, créatures de Dieu révélant Sa présence, ils font vibrer notre monde au diapason d'une réalité plus haute. S'ils ont essaimé dans toutes les traditions monothéistes, c'est bien dans la Bible hébraïque qu'ils dévoilent d'abord leur visage mystérieux et familier. Catherine Chalier en revisite les grands épisodes - les hôtes d'Abraham, la voix du Buisson ardent, mais aussi celui que combattit Jacob ou encore l'Accusateur de Job - pour mieux en révéler la polyphonie.
Par-delà leur diversité apparente, chacun de ces épisodes éclaire l'homme sur lui-même et sur le sens de sa finitude. De l'ange annonciateur à l'ange destructeur, ce sont autant de figures qui nous introduisent au face-à-face avec l'Autre divin. Autant de lectures, aussi, rationalistes, éthiques ou mystiques, depuis les Sages du Talmud et Philon d'Alexandrie jusqu'à Maïmonide, au Zohar et aux maîtres hassidiques, pour ce voyage à travers la tradition juive dans sa diversité et son unité.
Les anges ne sont plus ce qu'ils étaient. On les craignait autrefois, les sachant terribles autant que secourables. Liés directement à la puissance divine, apparaissant pour avertir ou pour châtier, ils suscitaient l'effroi plus encore que l'extase. C'était aux temps anciens, quand on lisait la Bible et qu'il n'y avait pas d'électronique. A présent, on trouve des anges au rayon vie pratique, entre cuisine et bricolage. Sucrés, mièvres, rosâtres, chargés de la protection des petits secrets, côté alcôve, horoscope et journaux intimes, ils font pitié plutôt que peur. La langue elle-même signe cette déchéance : "être un ange", c'est descendre la poubelle, laver le chien ou la voiture. Ce n'est plus vraiment être un émissaire de l'Eternel. Pour avoir idée de leur lustre ancien, le livre de Catherine Chalier est fort utile. Philosophe, hébraïsante, auteur d'une oeuvre abondante, cette disciple de Levinas rassemble, en effet, dans la Bible, le Talmud et les commentaires rabbiniques l'essentiel des questions que pose la coexistence supposée des anges et des hommes...
Il leur reste sans doute pour tâche discrète d'être les gardiens silencieux de l'estime de soi de chacun. Vu sous cet angle, l'ange actuel sera peu enclin à l'esbroufe, volontiers disposé à laisser son attirail mythologique au vestiaire. Son rôle consiste somme toute à rappeler chacun à sa dignité première, à porter au jour cette identité que nous croyons connaître et que nous méconnaissons le plus souvent avec une généreuse obstination. Ce qui reste aux anges, c'est de piloter dans les tempêtes sous nos crânes.
Extrait de l'introduction :
Au commencement, dans une souveraineté de pure parole, Dieu, Elohim, fit émerger la lumière hors du tohu-bohu et des ténèbres originels. Le récit de la Genèse, maasé berechit, détaille ensuite, au rythme d'une scansion placée sous l'égide du «c'était bien» (ki tov), comment les eaux en dessus et les eaux en dessous furent séparées les unes des autres avant d'être rassemblées en un endroit. Il décrit la croissance des végétaux (herbes et arbres fruitiers), la venue à l'être du grand luminaire qui éclaire le jour et de celui qui, avec les étoiles, veille sur la royauté de la nuit. Il parle de la multitude des poissons et des oiseaux, des animaux de toutes sortes, bétail, reptiles et bêtes sauvages, tous créés selon leur espèce. Il s'arrête enfin à la venue de l'homme, créé unique, à l'image et à la ressemblance de Dieu, «mâle et femelle» (Gn 1, 27), et béni par Lui avec mission de croître et de multiplier, de soumettre la terre et de commander à toutes les autres créatures vivantes. «Poussière détachée du sol» (Gn 2, 7), dit " un peu plus loin le récit, Adam fut animé d'un «souffle de vie» et il devint ce vivant privilégié du Jardin d'Eden à qui fut confiée la tâche de nommer les autres vivants, en particulier la femme (icha) issue de lui (Gn 2, 23). Cette femme qui, dans un face-à-face inédit, vient le surprendre à son réveil pour le réjouir enfin. Cette part de sa chair le regarde en effet, ignorante, semble-t-il, du lot de solitude qui fut d'abord le sien lorsque, à peine façonné de la poussière par Dieu, il ne trouvait auprès de lui nulle créature à qui parler et avec qui s'unir puis faire grandir la vie.
Ce célèbre mythe a une puissance de significations inépuisée, il suscite encore des méditations à la mesure des questions posées à ce qu'il énonce mais aussi à ce qu'il tait, à ses allusions parfois trop hâtives pour le goût de comprendre, comme à ses silences énigmatiques et à ses secrets étranges qui, à la perspicacité des plus curieux, affleurent à l'ombre de ce qu'il dit. Or, précisément, ce mythe ignore les anges (malakhim), dont la Bible évoque pourtant si souvent la venue subtile, grave et indispensable : (...)
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