Auteur : Julian Barnes
Traducteur : Jean-Pierre Aoustin
Date de saisie : 21/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Prix : 24.40 € / 160.05 F
ISBN : 978-2715226128
GENCOD : 9782715226128
" Arthur est en retard pour son rendez-vous avec George Edalji au Grand Hotel, Charing Cross ; des affaires à régler à sa banque l'ont retenu plus longtemps que prévu.
Il entre d'un pas vif dans le grand hall, et regarde autour de lui. Il n'est pas difficile de repérer celui qui l'attend : le seul homme au teint foncé est assis de profil à une douzaine de pas. Arthur est sur le point d'aller vers lui et de s'excuser de son retard, quand quelque chose le retient... " Ce quelque chose qu'a vu Arthur va être d'une importance capitale dans l'histoire de George, une histoire bien réelle qui s'est passée en Angleterre à la fin du XIXe siècle.
Arthur et George n'auraient jamais dû se rencontrer : origines très différentes, milieux très éloignés, études et caractères à des années-lumière les uns des autres. Et. pourtant... Victime d'une terrible erreur judiciaire, emprisonné plusieurs années, relâché sans explication et sans avoir été innocenté, George, fragile, effacé, maladroit - la victime idéale - va faire appel à Arthur, alors un des hommes les plus célèbres d'Angleterre : c'est en effet le créateur de Sherlock Holmes.
A partir de là... Extraordinaire tableau de la société victorienne, ce nouveau roman de Julian Barnes est aussi le plus haletant des thrillers.
Julian Barnes vit à Londres. Le perroquet de Flaubert, qui l'a rendu célèbre, a été traduit dans plus de quarante langues. Il est l'auteur de seize romans, d'essais et de recueils de nouvelles.
Sachant que Barnes ne se baigne jamais deux fois dans la même Tamise, voici un livre d'un tout autre genre : Arthur et George, roman aux allures de polar dont l'un des deux héros est une célébrité littéraire. Il se prénomme Arthur, ne possède pas de semelles de vent mais une pipe bourrée des meilleurs tabacs de Sa Majesté : le grand Conan Doyle en personne...
Cette histoire véridique, Barnes l'a extirpée des archives pour en tirer un scénario à suspense où les voix d'Arthur et de George alternent habilement, dans l'Angleterre xénophobe de la fin du XIXe siècle. Du travail d'orfèvre avec, à la clé, un des meilleurs romans de Barnes : élémentaire, mon cher Julian !
Le père de Sherlock Holmes ne fut pas seulement un écrivain : il s'est lui-même transformé en détective. Julian Barnes retrace cette histoire oubliée dans un thriller vertigineux...
«Tout part d'une histoire vraie, celle d'un avoué d'origine indienne accusé à tort d'une série de crimes terribles et condamné à trois ans de prison. A sa sortie de geôle, il a demandé au plus célèbre écrivain de l'époque de l'aider à prouver son innocence. Curieusement, cet épisode n'est mentionné nulle part. Plus personne ne s'en souvient. Peut-être parce que nous autres, Anglais, sommes dépourvus de mémoire. Notre capacité d'oubli est dramatique : c'est pour lutter contre cette maladie que l'on devient écrivain», explique Julian Barnes. Histoire vraie, donc, qu'il romance à peine. Pour faire de Conan Doyle le personnage principal de cette enquête, il a relu l'autobiographie du maître. Le portrait qu'il dresse de l'auteur du Chien des Baskerville fournit les plus belles pages de ce livre riche en rebondissements, qui met face à face le créateur et son objet d'étude : le crime...
Une Angleterre défunte - celle d'Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes - sert de prétexte à Julian Barnes, dans «Arthur et George», pour se demander «Qu'est-ce qu'être anglais ?» Elémentaire...
Julian Barnes, francophile officiel des lettres anglaises, retourne de l'autre côté de la Manche. Dans le premier roman qui lui valut un succès international, «Le perroquet de Flaubert», il mettait en scène un personnage hanté par l'auteur de «Madame Bovary». Cette fois, c'est Barnes lui-même qui est hanté par le créateur de Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle...
Mais la transe mystique et le débat théologique ne conviennent pas pour démêler la culpabilité de l'innocence et résoudre les grandes énigmes de l'existence. Plutôt que de faire tourner des guéridons ou entonner des psaumes avec l'accent de Bombay, Barnes nous invite à suivre l'exemple de Watson : demandez à Sherlock, il mènera l'enquête avec sa loupe et son drôle de chapeau, il trouvera la voie et la vérité. Et il vous dira en plus que c'est élémentaire. C'est peut-être ça, après tout, être un vrai Anglais
A la manière de Conan Doyle, Julian Barnes, alias Dan Kavanagh pour les polars, a épluché les journaux, les archives du comté de Staffordshire, et aucun aspect de la vie privée de ses deux personnages ne lui échappe. De l'affaire Edalji, que les Français ignorent et que les Britanniques ont oubliée, l'auteur du «Perroquet de Flaubert» a tiré un roman passionnant, aussi haletant qu'un épisode inédit des «Aventures de Sherlock Holmes». Portraitiste cruel et cocasse de l'Angleterre victorienne, moraliste acéré, Barnes a eu la très bonne idée d'enchâsser de courts chapitres les uns dans les autres, l'histoire de George étant racontée au présent, celle d'Arthur au passé, jusqu'à leur première rencontre dans le hall d'un grand hôtel londonien. On a ainsi le sentiment que les deux destins, que tout opposait et que vingt années séparaient, attendaient d'être scellés non seulement par l'Histoire, mais aussi par Julian Barnes. Car ce grand roman à deux voix s'accomplit grâce à une troisième, celle du plus flaubertien des écrivains britanniques. C'est dire combien «Arthur et George» est universel.
Arthur
Un enfant veut voir. Cela commence toujours ainsi, et cela commença ainsi alors. Un enfant voulut voir.
Il pouvait marcher, et atteindre une poignée de porte. Il le fît sans intention particulière, mû par le seul désir instinctif de découverte de l'enfance. Une porte était là pour être poussée ; il avança, s'arrêta, regarda. Il n'y avait personne pour l'observer; il fit demi-tour et s'éloigna, après avoir refermé soigneusement la porte derrière lui.
Ce qu'il vit là devint son premier souvenir. Un petit garçon, une chambre, un lit, des rideaux tirés filtrant la lumière de l'après-midi. Lorsqu'il en vint à raconter cela publiquement, soixante années s'étaient écoulées. Combien de récits intimes avaient poli et ajusté les mots simples qu'il utilisa finalement ? Cela semblait sans nul doute aussi clair qu'en ce jour lointain. La porte, la chambre, la lumière, le lit, et ce qu'il y avait sur le lit : une «chose blanche, cireuse».
Un petit garçon et un cadavre : de telles rencontres ne devaient pas être rares dans l'Edimbourg de son temps. Un taux de mortalité élevé et la gêne matérielle faisaient qu'on apprenait tôt les réalités de la vie. La famille était catholique, et le corps celui de la grand-mère d'Arthur, une certaine Katherine Pack. Peut-être la porte avait-elle été délibérément laissée entrouverte. Peut-être y avait-il un désir de lui faire prendre conscience de l'horreur de la mort ; ou, d'une façon plus optimiste, de lui montrer qu'il n'y avait là rien à craindre : l'âme de grand-mère était montée au Ciel, ne laissant que sa dépouille corporelle. Le garçon veut voir ? Alors qu'il voie.
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