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Ce qui a dévoré nos coeurs

Couverture du livre Ce qui a dévoré nos coeurs

Auteur : Louise Erdrich

Traducteur : Isabelle Reinharez

Date de saisie : 21/02/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d'Amérique

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2226176660

GENCOD : 9782226176660

Sorti le : 03/01/2007


  • La présentation de l'éditeur

Avec Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse et La Chorale des maîtres boucliers, Louise Erdrich a imposé son regard insolite et son univers poétique parmi les plus riches talents de la littérature américaine.
On retrouve dans ce nouveau roman l'originalité narrative, la prose lumineuse et la force émotionnelle d'une oeuvre qui ne cesse de se renouveler et de surprendre. Chargée de procéder à l'inventaire d'une demeure du New Hampshire, Faye Travers remarque parmi une étonnante collection d'objets indiens du XIXe siècle un tambour rituel très singulier. Emue et troublée par cet instrument, elle se prend à l'imaginer doté d'un étrange pouvoir : celui de battre au rythme de la douleur des êtres, comme en écho à la violente passion amoureuse dont il semble perpétuer le souvenir...





  • La revue de presse André Clavel - Lire, février 2007

On ne change pas de partition avec le nouveau roman de Louise Erdrich, Ce qui a dévoré nos coeurs. C'est une fresque magnifique, où l'on retrouve ses deux obsessions : le pouvoir que les morts exercent sur les vivants, et bien sûr la musique...
En un long flash-back, Louise Erdrich remonte alors le temps. Et nous raconte une histoire bouleversante. Celle de l'Indien Shaawano qui, guidé par ses rêves, avait fabriqué le tambour pour conjurer la mort effroyable de sa fille, dévorée par des loups : c'est le fantôme de cette enfant qui s'incarne dans l'instrument, comme si sa voix pouvait renaître afin de parler aux vivants et d'apaiser leurs souffrances, depuis l'au-delà. Battant au rythme de la douleur des êtres, le tambour ne cessera de protéger ceux qui s'en approchent et il traverse ce roman comme un graal rédempteur, un symbole d'espérance chargé de tous les sortilèges du monde indien. La musique peut-elle nous guérir de nos tourments ? C'est cette question que pose à nouveau Louise Erdrich. «Les chagrins, dit un de ses personnages, on les épuise avec les moyens du bord, ce qu'on a sous la main. On s'en débarrasse à force d'en parler, de vivre avec, on ne les laisse pas s'incruster au fond de soi. Vous voyez, c'était à ça que le tambour était bon. A faire sortir ces chagrins, au grand jour, où les chants pouvaient les emporter.» Ce qui a dévoré nos coeurs est le récit de cette délivrance : un exorcisme envoûtant, et une plongée dans l'âme de la musique. Sous la baguette d'une romancière qui veut réenchanter la littérature américaine.


  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 4 janvier 2007

Philip Roth, qui a l'admiration assez parcimonieuse, place Louise Erdrich parmi les plus importants des écrivains américains d'aujourd'hui...
La vie est rude, comme le climat, dans le Dakota du Nord, en ces années du XIXe siècle finissant. On boit beaucoup, moins pour résister au froid que pour survivre à la violence, éternelle, des passions humaines. Amours, infidélités, trahisons, jalousies, désespoirs. Louise Erdrich, qui n'est pas, elle non plus, sentimentale, mais sait décrire au plus juste cette confusion des sentiments, fait revivre, avec le tambour pour fil d'Ariane, les drames de la famille Shaawono. Les loups ont-il vraiment dévoré la petite fille que sa mère emmenait avec elle, quittant son mari pour rejoindre son amant ? On n'a retrouvé que son châle. Et quelques os, qui ne sont pas sans rapport avec le tambour. Passant de main en main, celui-ci a toujours, bizarrement, accompagné des sentiments excessifs. Les aurait-il suscités ? Ce qui a dévoré nos coeurs pose toutes ces questions. Et apporte, avec étrangeté et poésie, quelques réponses.


  • La revue de presse Claire Devarrieux - Libération du 4 janvier 2007

Ce qui a dévoré nos coeurs est un roman sur la transmission, mais pas sur la circulation des objets...
Sans demander à ses personnages ni à ses lecteurs d'avoir des croyances d'un autre âge, l'auteur fait battre et résonner ensemble les aspirations des vivants et des morts, les rêves nocturnes et les actes. Le monde végétal est le théâtre sur lequel sont convoquées, jusqu'à la délivrance finale, les culpabilités paralysantes qui rôdent dans les familles, les chagrins, les poisons.



  • Les premières lignes

Revival Road

Faye Travers

Lorsque je quitte le cimetière des enfants avec son panneau manuscrit tout simple et ses pierres tombales en forme d'agneaux et d'anges, érodées par la pluie et le vent, je suis perdue dans mes pensées et m'arrête trop longtemps là où le chemin débouche sur la grande route. Cette distraction semble en partie due à l'âge, mais je crois que ce n'est pas tout. Ces derniers temps, je ne cesse d'examiner et de réexaminer le moindre choix, comme si l'un devait m'apporter le bonheur et l'autre le désespoir. Il n'y a pas de bonne voie. Pas de véritable chemin. Plus la route m'est familière, plus je me perds facilement. À gauche, et la grande route monte en lacets au nord, en direction de notre célèbre ville universitaire ; mais je tourne à droite et me voilà partie vers Stiles and Stokes, un village historique et pauvre de Nouvelle-Angleterre avec ses grands érables délicats, ses vieilles routes qui rayonnent depuis le centre, un clocher blanc et sévère et une épicerie-pompe à essence. Peu après, la route se sépare en deux. En montant vers la gauche, une large portion pavée bien entretenue mène, à la façon dont le tronc d'un arbre se divise et va en s'amenuisant, vers des excroissances toujours plus étroites de Revival Road. C'est là que nous habitons, ma mère et moi, à l'endroit précis où la route commence à s'enchevêtrer.
Vue du ciel, notre route doit ressembler à un rouleau de corde jeté au hasard, à un fatras de boucles impénétrables et de points d'interrogation inachevés. Mais l'ordre est là pour récompenser l'observateur patient. Au début, la route est pavée, bien que le matériau soit d'une qualité inférieure à l'asphalte de la route principale. Quand les votes du bourg vont à l'attribution d'une plus grosse somme d'argent destinée à l'entretien des routes, elle est revêtue d'un fin gravier. En l'espace d'un été, avec la chaleur, les cailloux sont tassés dans le goudron ramolli, offrant aux voitures une surface lisse sur laquelle accélérer.


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