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Histoire de la nostalgie

Couverture du livre Histoire de la nostalgie

Auteur : André Bolzinger

Date de saisie : 21/02/2007

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Campagne première, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2915789270

GENCOD : 9782915789270


  • La dédicace de l'auteur

J'avais découvert dans les livres que la nostalgie était à l'origine une algie, une douleur morale qui donne la fièvre et peut conduire à la mort par désespoir. Je me suis mis à la recherche de documents cliniques sur cette maladie, le mal du pays ; j'en ai trouvé en abondance dans les thèses de médecine.
J'ai ainsi fait la connaissance de jeunes conscrits dévorés d'angoisse à l'idée de mourir sans revoir leur maman. J'ai rencontré des étudiants malheureux d'avoir quitté la maison. Ma collection de cas réunit aussi quelques soldats des tranchées, un vieil officier, de jeunes apprentis, une adolescente en pension, tous accablés par la nostalgie. Aujourd'hui encore, voici Abdelaziz, le travailleur infatigable devenu invalide, voici Messaoud qui se fait appeler Christian, voici Aïcha qui perd ses papiers d'identité, autant de nostalgiques méconnus qui ont beaucoup de mal à s'accommoder de leur deux patries, celle où ils ont grandi, celle où sont nés leurs parents.
La nostalgie est un fil rouge qui traverse toutes ces histoires de patrie et d'identité, dans le quotidien le plus intime d'un homme ou d'une femme. Un miroir de la condition humaine.

André Bolzinger



  • La présentation de l'éditeur

La nostalgie, tourment provoqué par l'arrachement au sol natal, entre à la fin du XVIIe siècle dans le discours médical. Ce «mal du pays» est au coeur d'une longue polémique : la nostalgie est-elle une maladie de l'âme ou du corps ?
André Bolzinger analyse les affrontements et les enjeux de ce débat. À partir de récits cliniques, il dresse l'inventaire des situations (conscription, captivité, domesticité, vie en internat...) qui désolent le nostalgique, lui donnent des fièvres, le poussent au désespoir, voire à la mort.
L'étude de la nostalgie, qui est confrontée à la tristesse et à l'errance des expatriés d'aujourd'hui, apporte ainsi un nouvel éclairage aux effets de l'immigration. L'auteur montre comment le traitement de la nostalgie prend une orientation différente à partir de Freud : l'infirmité du parler de soi, qui caractérise cette affection, trouve alors une écoute spécifique dans l'acte analytique.

André Bolzinger est médecin, psychiatre et psychanalyste, membre actif de la Société de psychanalyse freudienne, lauréat de l'Académie de médecine. Il a publié La Réception de Freud en France, Paris, L'Harmattan, 1999 ; Freud et les Parisiens, Paris, CampagnePremière /, 2002 ; Arcanes de la psychose, retour au texte de Schreber, CampagnePremière /, 2005.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'avant-propos :

Déportations, expulsions, évacuations, exodes se succèdent depuis la nuit des temps, pages noires dans la mémoire des peuples. À chacun de ces départs sous la contrainte, on pleure, on regrette, on embellit les lieux qu'il a fallu quitter. Retourner là-bas est impossible, mais qui sait ?... Le retour à Jérusalem était le voeu des Juifs de la diaspora ; ils faisaient mémoire de leurs ancêtres exilés à Babylone. Le psaume des larmes de Babylone et du paradis perdu fut un chant de pieuse consolation pour ceux qui ont aussi pleuré le pays natal, par exemple les huguenots chassés de France vers la Suisse ou l'Allemagne.
La tristesse d'un seul n'est pas moins poignante que celle d'un groupe. Dans l'Iliade, Achille voudrait revoir sa patrie, il est las de faire la guerre. Dans l'Odyssée, Ulysse aspire à revoir Ithaque, mais les dieux font obstacle à son retour ; au moment où le revenant semble toucher au but, rien n'est encore acquis : il ne reconnaît pas son île, on ne le reconnaît pas, et lui-même s'impose un travestissement et un pseudonyme. Le poète Ovide, assigné à résidence sur les bords de la mer Noire, a survécu loin de Rome comme s'il était déjà mort. Un autre poète, natif de l'Anjou, s'est plaint de se morfondre à Rome, rêvant de revoir «de [son] petit village fumer la cheminée».
Soyons attentifs à ce qui manque dans les vers de Du Bellay. La tristesse de vivre à l'étranger est évoquée sans détour, mais le mot «nostalgie» est absent. Il manque aussi au vocabulaire de Marot ; pas de nostalgie chez Ovide, ni chez Homère. Nostalgie est un néologisme médical, un terme savant pour traduire la notion populaire de mal du pays ; il apparaît pour la première fois en 1688 dans une thèse de médecine.


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