Auteur : Elfriede Jelinek
Traducteur : Olivier Le Lay
Date de saisie : 21/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2020500722
GENCOD : 9782020500722
Dans une paisible villégiature styrienne, à la pension Rose des Alpes, trois morts reviennent tourmenter les vivants : Edgar Gstranz, à peine vingt ans, ancien skieur professionnel de l'équipe olympique autrichienne mort plusieurs années auparavant dans un accident de voiture après une soirée bien arrosée, Gudrun Bichler, jeune thésarde citadine et dépressive suicidée dans sa baignoire, et Karin Frenzel, veuve racornie entièrement assujettie à sa mère, ce personnage tyrannique et borné.
Au coeur d'un paysage idyllique (versants enneigés, vastes panoramas, auberges accueillantes et serveuses tourbillonnantes en dirndl), les trois morts-vivants, dans un perpétuel memento mori, porte-voix de tous les humiliés, toutes les victimes innocentes de l'Autriche, se réincarnent pour tuer, violer, torturer, écharner les vivants. Dans cette gigantesque farce macabre, longue dérive hallucinée qui emprunte aussi bien au pamphlet qu'au policier, à l'allégorie baroque qu'au roman de divertissement, ce grand pandémonium où les morts tendent un miroir à des vivants fantomatiques, Jelinek poursuit et achève son voyage au bout de la nuit autrichienne.
Née en 1946 à Mürzzuschlag en Syrie, Elfriede Jelinek a grandi à Vienne. Entrée à l'âge de 13 ans au conservatoire de Vienne, elle fait des études d'art dramatique, d'histoire de l'art, de musique. Elle partage aujourd'hui son temps entre Vienne et Munich. Son oeuvre -théâtre et romans- qui compte Les Exclus, Les Amantes, Lust, La Pianiste, Avidité, a été couronnée par le prix Heinrich Böll (1986), le prix Büchner (1998), le prix Heine (2002) et le prix Nobel de littérature (2004).
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Elfriede Jelinek n'écrit pas pour raconter des histoires mais pour jouer sur la langue, s'ensevelir dans le même chaos que ses personnages sous un éboulis de mots, trafiquer assonances et amalgames, au fond pour se jouer de la langue. Elle ne se contente pas d'insérer clandestinement dans chacun de ses livres une phrase de Robert Walser, son écrivain de chevet avec Kafka. L'avant-dernier chapitre d'«Enfants des morts» est truffé d'éclats, de phrases prises telles quelles puis tordues, aussi bien de Celan, Hölderlin et Rilke que de la Bible ou encore de «Route nationale 7» de Trenet, de «la Gadoue» de Gainsbourg, mais ça ne se voit pas, nous n'avons rien dit de ce montage, oubliez tout cela. Ne retenez que la tradition dont elle est l'héritière, quand l'Europe de l'Est parlait l'allemand et que ses écrivains l'écrivaient en truffant leur mélancolie de sarcasmes. Sauf qu'on sent Jelinek toujours sur le point de basculer dans la folie, voilà pourquoi la lecture d'«Enfants des morts» donne le vertige. C'est pour ne pas déraper qu'elle s'est faite terroriste du langage, balançant ses bombes sur la société autrichienne, seul moyen à sa disposition à ses débuts pour surmonter les crises d'angoisse massives qui la rongeaient. Elle les a maîtrisées depuis, avec un humour subversif qui fait des ravages, mais elle n'en poursuit pas moins son travail de destruction au risque d'être encore publiquement dénoncée, malgré la récente consécration du Nobel, comme «celle qui souille son nid».
Mais que de vertiges jaillissent de sa langue compacte et drue, composée d'assonances, d'amalgames, de mots réinventés, torturés, triturés jusqu'à l'absurde. Jusqu'à l'inconscient. Jusqu'à la musique aussi, mais chaotique, mais vrombissante...
Bouleversée depuis toujours par la Shoah (qui a exterminé une grande partie de sa famille), fascinée aussi par cette destruction industrielle de l'humain, l'écrivain-dramaturge-scénariste-poétesse a toujours cherché, de livre en livre, de pièce en pièce, à brasser les genres, les formes pour mieux formuler l'indicible.
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