Auteur : Francis Perrin
Date de saisie : 02/01/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Mémoires et témoignages
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-22592035662
GENCOD : 9782259203562
Après avoir joué Scapin, Alceste, Sganarelle, Mascarille, George Dandin, Francis Perrin a décidé d'incarner dans un récit romanesque un Molière insoupçonné : chef d'entreprise avant l'heure, meneur d'hommes à l'énergie sans borne et à l'imagination débordante, chef de troupe au besoin de création insatiable.
C'est dans sa vie quotidienne, au milieu des grimaces de la farce et des splendeurs de la grande comédie, entre les querelles d'acteurs et les problèmes financiers, que Francis Perrin, armé de son expérience des planches et poussé par son amour du théâtre, a su saisir le plus fameux de nos auteurs dramatiques.
Comédien, metteur en scène, directeur de théâtre, Francis Perrin a dirigé sa propre compagnie. Il a publié son autobiographie, Mon Panthéon est décousu (Le Rocher, 2003), et un premier roman, Degrés de lassitude (Le Rocher, 2005).
Farceur malgré lui
Nous sommes en fin de journée ce 24 octobre de l'an de grâce 1658 dans les coulisses du théâtre dressé pour la circonstance au milieu de la salle des gardes du vieux Louvre. Le temps gris qui, dès la matinée, avait imposé sa morosité n'estompe pas l'excitation et l'effervescence animant les comédiennes et les comédiens qui s'agitent dans un bourdonnement de ruche affolée.
C'est la Troupe des comédiens de Monsieur, frère unique du Roy. Tous virevoltent, hormis un homme de taille moyenne, au nez proéminent, à la bouche charnue, à l'oeil vif, malin et profond, un tantinet ridicule dans son costume emplumé et pas encore cuirassé de Nicomède, pièce du fameux Corneille - l'aîné ! - qu'il s'apprête à interpréter.
«Pourrais-je avoir votre attention, ne serait-ce qu'un court instant ?»
Jean-Baptiste Poquelin, ayant pris pour patronyme Molière, n'a nul besoin d'élever la voix pour que tous se regroupent aussitôt autour de lui en silence.
«N'oubliez pas ce que je vous ai toujours dit : ne récitez pas les vers, dites-les le plus naturellement du monde, comme je vous parle maintenant. Pas d'emphase, soyez humains et vrais. Que le public se sente proche de vous. Ne vous laissez pas aller à imiter les comédiens de l'hôtel de Bourgogne qui sont là ce soir non pour nous apprécier mais pour nous juger et nous condamner d'avance. Donnons-leur une leçon. Nous n'avons rien à apprendre d'eux. Nous savons tous ce qu'il faut savoir. Nous ne pouvions trouver meilleure école que l'apprentissage de nos quinze années de tournées en province. Et puis, tête bleu ! nous donnons la comédie devant le Roy. Nous avons toujours espéré ce moment. Ne songez qu'à prendre votre plaisir en jouant. Oubliez tout ce qui est inutile, superflu, allez à l'essentiel : la joie déjouer sur un théâtre doit occuper toutes vos pensées.»
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