Auteur : Bruno Liviero
Date de saisie : 28/02/2007
Genre : Théâtre
Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France
Collection : Théâtre
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-915695-88-5
GENCOD : 9782915695885
Sorti le : 08/12/2006
Un presse-papier posé, là, devant moi sur mon bureau m'a plongé dans une rêverie... Sa forme ovoïde m'a soudain fait penser à un oeuf ; «Comme les sept doigts de la main» avait germé dans mon esprit.
Je sais qu'il n'est pas toujours aisé de lire une pièce, la scène, les comédiens, les éclairages donnent un relief aux images dissimulées derrière les mots. J'ai toutefois rédigé ce texte comme l'on raconte une histoire ou un conte à un enfant avant qu'il ne s'endorme. Sept foetus, à l'aube de leur naissance, s'interroge, avec des mots d'adultes, sur ce que sera leur vie et... leur mort. Avec drôlerie, tendresse ou cruauté, les septus (Comme ils se nomment) s'affrontent, s'enthousiasment ou s'inquiètent de ce qu'ils perçoivent de «l'extérieur».
Nous connaissons tous les joies et les tensions de la fratrie, de la famille, l'histoire des septus vous livrera une part d'autodérision et vous incitera, je l'espère, à relativiser et à rire des errances et des incohérences familiales.
Brunon Liviero
«On ne brise pas sa coquille de l'extérieur en la projetant avec force contre les parois de ce monde. Lui seul peut la briser qui, reprenant vigueur et vérité, peut la faire éclater de l'intérieur» (Évangile de la Colombe). Sept foetus nous embarquent dans leurs questionnements et leurs perceptions du monde, cet autre monde qui les attend. Immergés dans les fluides et les acoustiques du ventre maternel, ils sondent les contours de cet ailleurs... «Et dire qu'on va nous appeler frères et soeurs... je me demande s'il est possible de divorcer de ses frères et soeurs», «et si notre mère n'était pas telle que nous l'imaginons... C'est elle qui vient nous chercher ?». Ce conte théâtral est une comédie égrainant les mystères de la Création. La vie intra-utérine des «Septuples» est une «échographie» sonore et visuelle de la famille universelle. Le «statut» de parent, d'enfant ou de frère et soeur est une longue histoire qui ponctue la conscience de chacun en autant de problématiques existentielles... Etre unique ou être unis ? Est-ce que naître c'est se séparer ?... Cette joyeuse farandole d'interrogations est lovée au creux de la main de chacun d entre nous...
La pièce a été représentée au Théâtre des Capucins de Luxembourg en janvier 2005.
Premier tableau
Vingt heures, dans une salle de théâtre, Sarah, enceinte de septuples, vient écouter un concert de musique classique en compagnie de son amie Elisabeth.
Les bruits d'un orchestre s'accordant parviennent de derrière le rideau de seine. Sarah et Elisabeth, que rien ne laisse présager être des comédiennes, s'installent dans le théâtre parmi les spectateurs. Une ouvreuse distribue alors des programmes sur lesquels figurent non seulement les morceaux de musique joués, mais également le nom des entreprises parrainant le concert. Ces dernières ont toutes la particularité de vendre des produits pour bébés. Les spectateurs doivent avoir un doute sur la nature du spectacle auquel ils vont assister : concert ou pièce de théâtre ?
Soudain, l'obscurité se fait dans la salle. Seules sont éclairées Sarah et Elisabeth. Elles entament un dialogue alors qu'en bruit de fond résonnent, parfois, des notes d'instruments se mettant au diapason.
ELISABETH - Hé bien dis donc, as-tu remarqué la manière dont les gens t'observent ? Leurs regards attendris et plein de prévenances; surtout de la part des hommes ! Ils sont touchants ! Pour une fois, ils en oublient de jouer les coqs.
SARAH - Ne sois pas aussi méchante. Peut-être, sont-ils tout simplement intrigués par mon ventre. À bien y réfléchir, ce sont des auteurs que l'on aurait privés du droit de regard sur la mise en forme de leur oeuvre. Alors effectivement, il y a de quoi être touché.
ELISABETH - C'est bien la seule fois où ils ne nous reprochent pas nos rondeurs !
SARAH - Sur ce sujet, nous n'avons besoin de personne afin d'entretenir nos idées fixes.
ELISABETH - Quelle humeur ! Un peu de partialité ne gâche rien. On ne leur fait pas de mal, ils n'entendent pas !
SARAH - (Amusée.) Décidément, tu n'as pas changé. Déjà à la «fac.», tu adorais t'installer sur une terrasse de café et donner une note à tous les passants.
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