Auteur : Amid Lartane
Date de saisie : 08/03/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Suites, n° 129
Prix : 9.50 € / 62.32 F
ISBN : 978-2-86424-606-0
GENCOD : 9782864246060
Dans les années 1990, le jeune Oulmène, fils d'un notable du régime algérien et cancre notoire, rêve de créer une banque privée et une compagnie aérienne. Il n'a pas de capitaux, mais son projet délirant va curieusement rejoindre ceux, beaucoup moins naïfs, des plus hautes sphères des "décideurs de l'ombre" qui contrôlent le pouvoir à Alger Dès lors, une machine implacable se met en branle.
Oulmène réalisera son rêve, sans toujours comprendre le rôle qu'on lui fait jouer dans un univers glauque aux acteurs étranges : intermédiaires douteux, banquiers véreux ou honnêtes, islamistes manipulateurs ou manipulés, généraux tireurs de ficelles et assassins sans scrupules.
Un roman noir librement inspiré d'une affaire qui a défrayé la chronique en France en 2002 et 2003, avant de se solder par l'un des plus grands scandales financiers de l'Algérie d'aujourd'hui.
Écrit par un initié des sombres arcanes du pouvoir algérois, ce livre nous emmène à la découverte d'un pays étrange, où la vérité ne se découvre pas, mais s'invente...
Ancien haut fonctionnaire, l'auteur a quitté l'Algérie et travaille actuellement dans une organisation internationale.
Alors que le procès Khalifa se poursuit à Blida, cet énorme scandale est au coeur d'un petit livre captivant qui enfonce férocement le clou de la déliquescence du pouvoir algérien...
Très enlevée, cette fiction au vitriol montre surtout comment une poignée de décideurs a su trouver son compte dans cette modernisation de façade de l'économie algérienne pour s'enrichir. Militaires, hauts fonctionnaires, dignitaires religieux, journalistes... une véritable mafia est à l'oeuvre, à en croire l'auteur.
Alors que se tient, ces jours-ci, près d'Alger, le procès Khalifa (du nom du milliardaire algérien déchu, aujourd'hui réfugié à Londres), sort en France un petit livre surprenant et passionnant. Un polar noir. "Noir comme l'Algérie", affirme Amid Lartane, son auteur. Lartane ? Un pseudonyme. On comprend aisément que l'auteur ait choisi de se protéger. Son roman policier ne peut que déplaire au plus haut point au pouvoir algérien. Il ne s'agit pas d'une chronique de l'affaire Khalifa, mais d'une chronique de l'Algérie des années 1990, celle des années de sang qui ont vu islamistes armés et forces de sécurité s'affronter avec une violence inouïe. C'est surtout l'occasion de mettre à nu le "système" algérien, mélange de réseaux clientélistes et mafieux qui font de l'Algérie un pays "pauvre à milliards" et empêchent l'émergence d'un Etat de droit...
Alger, mars 1998. Prudent, le préposé de la Sécurité militaire nota dans son rapport que la réunion "d'ordre privé" qui s'était déroulée au domicile du général à la retraite Lamine Boutramine avait été "régulièrement sécurisée". Comme d'habitude, dix agents chargés de la protection des personnalités avaient été mobilisés dans quatre véhicules pour assurer une couverture générale du site. Aucun mouvement suspect n'avait été observé. Aucun barbu en gandoura n'avait eu l'idée saugrenue de venir dire les louanges du Seigneur dans les parages. À la retraite et sans fonctions officielles, l'omnipotent général avait ostensiblement pris du champ, il gérait son affaire de boulangerie industrielle. Fonctions officielles ou non, Lamine Boutramine continuait de tirer les ficelles du régime.
Des individus imberbes que les Services considèrent, par prudence, par principe et jusqu'à preuve avérée du contraire, comme des barbus déguisés, passèrent sans éveiller l'attention. Les voitures stationnées avec des hommes en costume sombre et à la mine peu engageante les incitaient plutôt à presser le pas.
Une ronde de police avait eu l'outrecuidance de demander leurs papiers à deux agents du dispositif postés au nord de la villa. "La situation a rapidement été clarifiée", précisait le rapport. Les connaisseurs apprécièrent l'humour de la concision. Les pauvres flics, en tenue ou en civil - le rapport présentait la faille de ne pas le préciser -, avaient dû subir un chapelet de commentaires fielleux sur leur ascendance douteuse, leur descendance de tarés et le fait indubitable qu'ils risquaient leur vertu s'ils ne remballaient pas fissa...
L'autorité ne s'use que si on ne la fait pas respecter. La Sécurité militaire - la SM pour tout un chacun en Algérie -, qui avait une haute idée d'elle-même et se considérait comme le tuteur général de la populace, ne se privait pas de l'exercer en toute occasion. Des transfuges expliquèrent plus tard que tous les agents n'étaient pas des rustres, mais que cette attitude faisait partie des orientations générales sur la manière d'agir avec les autres forces de Sécurité. Beaucoup d'agents le faisaient dans les limites de la correction, mais certains aimaient en rajouter. Cela allait parfois jusqu'à la brutalité gratuite, au plaisir pervers d'humilier.
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