Le livre des courtisanes : archives secrètes de la police des moeurs (1861-1876) / Passion du livre

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.. Le livre des courtisanes : archives secrètes de la police des moeurs (1861-1876)

Couverture du livre Le livre des courtisanes : archives secrètes de la police des moeurs (1861-1876)

Préface : Gabrielle Houbre

Date de saisie : 07/12/2006

Genre : Société Problèmes et services sociaux

Editeur : Tallandier, Paris, France

Collection : Archives contemporaines

Prix : 32.00 €

ISBN : 978-2847343441

GENCOD : 9782847343441

Sorti le : 07/12/2006

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  • La présentation de l'éditeur

«M. Henri Ducasse, député, a dit qu'il allait cesser ses relations avec Sarah Bernhardt attendu qu'il l'avait surprise avec le comte de Rémusat, son collègue à l'assemblée (...). il a ajouté qu'il ne comprenait pas comment cette actrice consentait à recevoir des hommes aussi âgés. Il est bon de remarquer que M. Ducasse est lui-même très âgé, et déplus infirme (...).»

Les archives de la préfecture de police recèlent un trésor inexploité : le registre BB/1 des femmes soupçonnées de prostitution clandestine, fichées par les agents des moeurs dans les années 1860-1870. Cette collection de rapports dévoile l'identité des clients et constitue de ce fait un redoutable instrument de surveillance du Tout-Paris politique, financier et mondain. Plus de 400 «cocottes», ou prétendues telles, y figurent, parfois accompagnées de leur photographie. Se distinguent des étoiles du demi-monde à l'image de Félicie Marmier, élève de la Légion d'honneur, nièce de général et d'académicien, qui compte parmi ses amants marquis, comtes, ducs et princes du Gotha. D'autres connaissent une destinée moins brillante comme Louise Fasquelle, malheureuse syphilitique «qui n'est plus reçue nulle part». Cette source, bien plus qu'un répertoire pittoresque et grivois de la prostitution huppée, éclaire les coulisses du Second Empire et des premières années de la Troisième République. Gabrielle Houbre, spécialiste d'histoire sociale et culturelle du XIXe siècle, met au jour avec ce registre les mécanismes érotiques et mercantiles à l'oeuvre dans cette société. Qui sont ces courtisanes ? Qui sont leurs clients ? Comment vivent-elles ? Derrière l'éclat apparent et éphémère de vies soumises aux caprices de la fortune, on mesure la somme d'exploitations et de contraintes ; pour autant, se lit aussi la capacité à subvertir les règles du jeu vénal au profit d'une possible liberté.

Enseignante-chercheuse à l'université Paris VII-Denis Diderot, membre de l'Institut universitaire de France, Gabrielle Houbre a notamment publié La Discipline de l'amour : l'éducation sentimentale des filles et des garçons à l'âge du romantisme (Pion, 1997), Histoire de Ici grandeur et de la décadence de Marie Isabelle, modiste, dresseuse de chevaux, femme d'affaires, etc. (Perrin, 2003), et Histoire des mères et filles (La Martinière, 2006).





  • La revue de presse Thomas Wieder - Le Monde du 9 mars 2007

C'est au coeur du Second Empire, et jusqu'aux premières années de la IIIe République, que nous plonge aujourd'hui l'historienne Gabrielle Houbre avec ce document exceptionnel conservé aux archives de la préfecture de police de Paris : un registre de près de 800 feuillets où ont été fichées, entre 1861 et 1876, un peu plus de quatre cents femmes supposées faire commerce de leur corps...
Guidé par Gabrielle Houbre, qui navigue avec érudition dans ce que Balzac appelait "le monde équivoque des femmes interlopes", on referme ce livre intrigué par une telle espionnite. Et curieux d'en savoir plus sur la vie quotidienne de ces "insoumises" - appelées ainsi car non inscrites comme prostituées auprès des services de police...


  • La revue de presse Dominique Kalifa - Libération du 11 janvier 2007

Le livre risque donc de décevoir l'amateur d' «archives secrètes» ou d'anecdotes scandaleuses. Il se révèle pourtant passionnant pour qui accepte d'entrer dans la grise et souvent répétitive littérature de la bureaucratie policière. Rédigé juste après la Commune, qui a incendié l'ancienne préfecture et ses milliers de boîtes d'archives, il témoigne d'abord de la nécessité de reconstituer une mémoire policière et de rétablir ainsi «le passé d'une masse d'individus qui se croyaient alors à l'abri des vérifications rétrospectives»...
Désormais disponible, cette source sera appréciée des historiens et de ceux que la période, les pratiques policières ou le «demi-monde» intéressent. Au-delà de son objet propre, elle témoigne aussi de cette étrange capacité que possède l'archive à susciter à la fois l'intimité et la distance avec la vie de ceux qui nous ont précédés.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction de Gabrielle Houbre :

«Le monde interlope des femmes équivoques»

Une archive secrète de la police des moeurs

L'objet est un gros et lourd registre fatigué, aux tranches marbrées et au cuir brun frotté. Sa reliure pleine, avec ses coiffes et ses coins renforcés par des pièces métalliques façon XVe siècle, l'a aidé à traverser le temps depuis les premières années de la IIIe République. Le fermoir, incomplet donc illusoire, n'a jamais scellé le volume sur ses investigations confidentielles, intégralement conservées par un épais et résistant papier. Les calligraphies soignées dévoilent des rapports épinglant des femmes soupçonnées de s'adonner de façon clandestine à la prostitution : quatre cent quinze sont ainsi fichées par les agents ou inspecteurs de la police des moeurs, sans compter celles évoquées au détour d'un rapport consacré à une autre. Collées en marge, des photographies restituent les traits et parfois la silhouette d'un tiers d'entre elles. Un répertoire, façonné dans les dernières pages, les recense ainsi qu'environ deux cents de leurs clients, un nombre bien inférieur aux cinq cent soixante identifiés dans le registre, indépendamment de ceux désignés par des termes aussi elliptiques que «un jeune homme», «un riche Américain» ou «un notaire». Par ailleurs, un homme, Eugène Janvier de la Motte, a les honneurs d'une longue fiche nominale qui l'assimile de fait aux clandestines, singularité piquante pour un préfet de l'Empire.
Il s'agit d'un document exceptionnel pour le XIXe siècle car, si les sources sont prolixes quand il s'agit des femmes «inscrites» par la préfecture de police à Paris - qu'elles exercent dans les maisons de tolérance ou que, «filles isolées», elles justifient d'un domicile particulier -, elles se font rares quand il s'agit des «insoumises» qui, par définition, échappent au contrôle des autorités. Or ces dernières sont, et de très loin, les plus nombreuses pour la période concernée, à cheval sur le Second Empire et la IIIe République : en 1866, Charles Lecour, chef de la première division à la préfecture de police, celle-là même qui s'occupe de la prostitution, avance le nombre de trente mille clandestines pour quatre mille enregistrées, soit un rapport de sept à huit pour une, et l'écart entre les deux catégories ne fait qu'augmenter les années suivantes. Un document exceptionnel sans être unique, puisque la préfecture de police conserve également un autre registre du même type, beaucoup moins épais et surtout beaucoup moins instructif, auquel il faut ajouter quelques dizaines de dossiers individuels de femmes galantes.


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