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Le désir monstre : poétique de Pierre Jean Jouve

Couverture du livre Le désir monstre : poétique de Pierre Jean Jouve

Auteur : Muriel Pic

Préface : Jacques Le Brun

Date de saisie : 21/12/2006

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Félin, Paris, France

Collection : Les marches du temps

Prix : 22.90 € / 150.21 F

ISBN : 978-2-86645-629-0

GENCOD : 9782866456290

Sorti le : 23/11/2006

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  • La présentation de l'éditeur

Poète de la catastrophe et de l'extase, Pierre Jean Jouve (1887-1976) nous laisse une oeuvre poétique, romanesque et critique qui fait coïncider, au prisme de la psychanalyse, le mobile archaïque de la déchirure religieuse et les données d'une modernité proclamant la mort de Dieu. Lorsque Jouve renie ses écrits antérieurs à 1925, dont il juge l'esprit «manqué», il découvre la doctrine des pulsions et se convertit à une spiritualité du pur amour. À l'écart du monde littéraire, malgré son entrée dans la maison Gallimard grâce à Jean Paulhan, le poète de Sueur de Sang et Aventure de Catherine Crachat explore les vestiges du rêve et les marges de la mémoire collective jusque dans les «détritus du plaisir». Il place le lecteur sur la scène intemporelle de son propre désir : «Monstre dont riront dans les fauteuils stupides / Ces messieurs-dames qui ne veulent rien savoir» [Moires]. Le public ne peut alors qu'opposer une «résistance affective» à cette entreprise littéraire qui refuse toute complaisance. En 1936, l'auteur de Paulina 1880 renonce au roman et se consacre à la poésie [Matière céleste] et à la critique musicale (Don Juan de Mozart, Wozzeck de Berg). Pour faire aimer à l'homme la dissonance qui lui est propre entre le viscéral et le céleste, il radicalise sa volonté de désir et approfondit son abnégation. Le désir est alors monstre d'accepter la perte de ce qui le fait exister : «L'objet n'est rien et le désir est tout, même pas le désir, mais la phrase du désir» [Proses]. A cette phrase anonyme du monde, cette prière sans nom, l'oeuvre de Jouve se dévoue, car il n'est de salut que dans la transmission du désir.

Née en 1974, Muriel Pic est docteur de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) où elle enseigne. Elle travaille sur les littératures française et allemande du XXe siècle et collabore régulièrement depuis deux ans avec la Freie Universität de Berlin. Elle publie parallèlement, aux Éditions Claire Paulhan, les Lettres 1925-1961 à Jean Paulhan, de Pierre Jean Jouve.





  • Les premières lignes

Extrait de la préface de Jacques Le Brun :

Pierre Jean Jouve est un converti : ne renia-t-il pas en 1925 toutes les oeuvres qu'il avait écrites avant cette date et ne s'engagea-t-il pas alors dans une vita nuova, nouvelle façon de penser sa vie et ses rapports avec autrui, nouvelle esthétique que la prise en compte de la pensée inconsciente conduisait à une nouvelle écriture ? Et, tel saint Augustin entendant la voix qui chantait dans le jardin : «Tolle, lege (Prends, lis !)», Jouve se tournait derechef vers les livres pour leur appliquer un nouveau mode de lecture, trouvant dans la mémoire et l'héritage des livres le soutien et le point d'application de ce renouvellement. Un converti certes, mais nullement à l'image de ces convertis de la fin du XIXe siècle et du début du XXe qui, tels Huysmans et Claudel, se réfugiaient près des Églises pour adhérer à la vérité qu'elles professaient et pour ordonner leur vie selon les règles d'une morale. Muriel Pic, dans ce livre à la fois averti de tous les méandres de la pensée et de l'écriture jouviennes et manifestant une grande pénétration, montre admirablement que, s'il y a bien eu chez Jouve conversion, et même une conversion que l'on peut qualifier, sans forcer la notion, de «mystique», c'est chez lui une «expérience religieuse» devenue autonome de la foi, de toutes les religions et de tous les théismes, une «spiritualité» plutôt qu'une religion. Comment garder le «nom de Dieu» et la fonction que représente cette référence dans la pensée, à partir du moment où il n'y a plus de Dieu, où l'affirmation nietzschéenne que " Dieu est mort» s'est imposée non seulement dans la culture, philosophie, littérature et art, mais aussi au plus intime de chacun ? Un facile «athéisme» consisterait à prendre le contre-pied du «théisme» et à revendiquer de façon polémique, voire provocatrice, une autonomie et une liberté de la volonté humaine ; mais par là même resteraient vivants dans leur force antithétique le Dieu, la «théologie» et la religion inlassablement contredits. Il en va tout autrement pour Jouve.


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