Auteur : Henri Meschonnic
Date de saisie : 05/10/2004
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Bayard, Paris, France
Collection : Bible & philosophie
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-227-47024-8
GENCOD : 9782227470248
J'ai écrit ce livre parce que j'aime le langage, quand le langage transforme la vie et que la vie transforme le langage. Cela s'appelle le rythme. Et le rythme, ainsi redéfini, contre la pensée commune du langage qui est enregistrée par tous les dictionnaires, est le poème.
J'ai voulu, cela fait longtemps que j'y travaille, faire entendre que la Bible, dans son langage, est une aventure à la fois unique et maximale du rythme, parce qu'elle est du rythme en continu. En quoi elle est radicalement étrangère à notre culture du langage, qui oppose, sans qu'on sache ce qu'on dit, la prose et les vers, la prose et la poésie. Mais la Bible, dans son langage, n'est ni vers ni prose, et ignore la notion de poésie. C'est déjà une montagne sainte de paradoxes.
Le paradoxe majeur, qui efface invisiblement la Bible, est que le religieux, puisque c'est un texte religieux, efface le poème ; que le religieux chrétien dénie tout ce rythme depuis qu'il règne, selon une quête d'origine qui tue l'origine ; et que toutes les traductions, puisque la Bible est essentiellement lue en traduction, effacent cette organisation pourtant consubstantielle au texte. Je montre pourquoi et comment.
C'est un plaisir immense, puisqu'il s'agit de faire partager à tous cette force enfouie. C'est elle que je rends en retraduisant. Et pourquoi «contre la philosophie» ? Parce que la philosophie est complice et bénéficiaire de la pensée commune du langage, par le discontinu du signe. Elémentaire, docteur Bonsens. Ecoutez voir.
Henri MESCHONNIC
Ce livre est un appel au rythme, pour penser l'infini du langage par le poème de la Bible, une montagne sainte de paradoxes. Magnifiée par son invisibilité même. Le texte biblique hébreu est le lieu d'un phénomène qui n'est pas seulement particulier, mais emblématique : il est rythmé de bout en bout de manière telle qu'il n'a ni vers ni prose, et que la notion même de poésie lui est étrangère. Il est donc irréductible à notre mode de penser le langage, qui est celui du signe. Et à cette maximalisation du rythme répond une maximalisation du refus d'écoute théologiquement programmé. Ce qui fait du texte biblique un enjeu majeur pour la pensée du langage, du poème, de l'éthique et du politique, le lieu d'une critique des traductions de la Bible, d'une critique de l'herméneutique qui n'a pas les moyens de cette écoute. C'est le sens de ce «coup de Bible dans la philosophie», pour la théorie du langage, l'historicisation du poème, de l'éthique, du politique, contre le théologico-politique. Et c'est ce texte religieux qui enseigne à ne plus confondre le sacré, le divin et le religieux. En quoi cet enseignement est la réouverture de la prophétie par la transformation du traduire.
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