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Mémoires d'Anne-Marie de Moras

Couverture du livre Mémoires d'Anne-Marie de Moras

Auteur : Charles de Fieux (chevalier de) Mouhy

Postface : René Démoris

Date de saisie : 07/12/2006

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Desjonquères, Paris, France

Collection : Dix-huitième siècle

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-84321-090-7

GENCOD : 9782843210907

Sorti le : 23/11/2006

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  • La présentation de l'éditeur

Les Mémoires d'Anne-Marie de Moras ou Lolita racontée par elle-même ? Pour ce petit chef-d'oeuvre, Mouhy s'inspire d'une histoire vraie, qui avait fait scandale en 1737 : l'enlèvement d'une jeune fille de treize ans par un homme de trente-huit.
C'est qu'il n'est point d'âge pour être surpris par l'amour : «Dès qu'on est belle, on est majeure, et dès qu'on a l'esprit de s'en apercevoir, on est capable de ressentir les douceurs que procure un si précieux avantage.»
La violence de la passion traverse ce roman tout de psychologie et d'intrigue.





  • Les premières lignes

Votre chère lettre est parvenue, ma belle amie, jusqu'à moi, malgré les surveillantes dont je suis obsédée. Est-il possible que vous vous intéressiez encore à mon sort, et que la contagion publique ne se soit pas glissée dans votre coeur ? Quoi ! vous êtes la seule à Paris qui ayez suspendu votre jugement : tout le monde me calomnie et me déshonore, vous seule ne voulez pas me condamner, sans m'entendre. Cette grandeur d'âme est une bonne preuve de votre équité, et redouble vivement mon amitié : oui ce procédé généreux, comme un baume divin, me console et me fortifie, toute malheureuse que je suis ; je me sens moins à plaindre, puisque vous me conservez encore une part dans l'honneur de votre souvenir. Vous me demandez l'histoire de ma vie : savez-vous bien ce que vous me demandez ? Je vois bien que vous ignorez l'esclavage où je suis réduite, il faut donc vous l'apprendre. Je ne vois ni ne parle à personne : quatre religieuses, qui se relèvent de jour en jour, me gardent à vue. Avec de telles précautions, pensez-vous que je puisse vous satisfaire ? L'usage du papier, de l'encre et de plumes m'est interdit; sentez donc toutes les difficultés qui s'opposent à vos désirs : mais que ne ferais-je point pour vous ? Si je vous en fais part, c'est moins pour ne pas refuser de me prêter à vos désirs, que pour vous prouver ma vivacité, et vous faire connaître que je trouve le moyen de vous obliger dans les choses les plus difficiles. Trouve-t-on rien d'impossible pour vous marquer son attachement ? Oui, Mademoiselle, malgré mille difficultés, vous aurez mon histoire, et elle vous sera rendue avant peu. Vous rirez sans doute de l'expédient dont je me suis servie pour parvenir à vous satisfaire. Cela ne se peut autrement, malgré les justes raisons que j'ai de m'affliger ; je vous le pardonne. Quoique mes yeux n'aient pas cessé de pleurer depuis les rigueurs qu'on exerce contre moi, je n'ai pu m'empêcher moi-même de sentir le ridicule de cette imagination.


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