Auteur : Marie-Bénédicte Vincent
Date de saisie : 06/12/2006
Genre : Histoire
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : Europes centrales
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-7011-4137-4
GENCOD : 9782701141374
Sorti le : 07/11/2006
Comment Hitler fut-il possible ? Quelles furent les responsabilités des élites traditionnelles allemandes dans l'acceptation du régime nazi ? Ce livre explore, en amont de 1933, le rôle et les représentations des hauts fonctionnaires prussiens dans leur rapport à l'État et à la démocratie depuis la réalisation de l'unité. Fondé sur la biographie collective de plus de 350 individus, il s'attache à reconstituer les différentes étapes de leur formation juridique et de leur carrière au sein de l'administration prussienne. L'étude s'intéresse à la manière dont ils s'insèrent dans la société et la vie politique de l'Empire allemand, avant que la Première Guerre mondiale et la révolution ne viennent pour la première fois remettre en cause leur légitimité. Ces hauts fonctionnaires se trouvent alors confrontés à l'expérience déroutante de la République de Weimar : dans la Prusse démocratique, ils sont contestés sur les plans professionnel et politique par de nouvelles élites.
Quelles stratégies les juristes formés sous l'Empire élaborent-ils pour maintenir leur pouvoir ? Comment la remise en cause de leur hégémonie et l'érosion de leur pouvoir d'achat aboutissent-elles à leur radicalisation dans les années qui voient la montée du nazisme ? En recourant à l'histoire sociale pour mieux comprendre ces transitions politiques, cet ouvrage porte un regard neuf sur la grande question allemande du XXe siècle.
Marie-Bénédicte Vincent, ancienne élève de l'École Normale Supérieure, agrégée et docteur en histoire, est actuellement maître de conférences à l'Université d'Angers.
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L'histoire allemande contemporaine est dominée par le débat sur la «voie particulière» (Sonderweg). Depuis 1945, cette notion est connotée négativement : elle désigne la déviation qu'aurait suivie l'Allemagne par rapport à une norme occidentale joignant État-nation et démocratie, déviation qui aurait mené le pays au nazisme. En effet en Allemagne, la nation n'a pas trouvé rapidement forme dans un État. C'est par l'action volontariste de la Prusse, de son armée et de sa bureaucratie, que le Reich se constitue en 1871. La particularité de l'Allemagne est ainsi de voir l'État de droit (Rechtsstaat) précéder l'unité nationale, puis le passage à la démocratie (1918-1919). La notion d'État de droit est apparue au début du XIXe siècle dans le camp libéral qui voulait rompre avec le despotisme éclairé (Jouanjan, 2001). Ce concept normatif a subi une «dépolitisation» dans la seconde moitié du XIXe siècle : après l'échec de la révolution bourgeoise de 1848, l'État constitutionnel s'est réalisé dans un compromis entre la monarchie (dont le domaine d'action est limité par le droit mais qui n'est pas parlementaire) et la bourgeoisie libérale, qui renonce à contrôler l'action gouvernementale et se contente de la garantie juridique de ses libertés. L'État de droit prend ainsi forme dans la dichotomie entre un «État fort» (Obrigkeitsstaat) et une société civile régie par le droit privé. Cette acception formelle de l'État de droit se prolonge après 1871. L'entrée en vigueur en 1900 du Code civil (Bürgerliches Gesetzbuch, abrégé en BGB) marque l'aboutissement de l'État de droit dans la sphère privée. Mais l'événement revêt aussi une signification dans la construction de l'identité nationale : en transcendant les frontières entre États fédérés, le BGB contribue à faire émerger la nation. En Allemagne, le code est ainsi «lieu de mémoire» (François, Schulze, 2, 2001, p. 519). Il permet de gommer les particularismes et de rassembler la nation.
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