Auteur : Pascal Praplan
Date de saisie : 04/12/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7144-4280-2
GENCOD : 9782714442802
Elle essuie son visage du revers de la main, se retourne et aperçoit le bassin métallique, les toilettes chimiques et l'installation de renouvellement de l'air, sa manivelle de secours fichée dans le mécanisme. Elle se dirige rapidement vers le fond de la pièce, ouvre et referme le robinet du lavabo, fait ronronner un court instant le petit moteur électrique de l'aération, jette un coup d'oeil distrait sous le couvercle des toilettes. Elle jauge à nouveau du regard toute la pièce, les murs et le plafond de béton armé. Un rictus de détermination barre maintenant le bas de son visage. Ce sera parfait, pense-t-elle, l'endroit idéal...
S. a pris sa décision. À bientôt quarante ans, elle ne veut plus vivre sous l'emprise de sa mère tyrannique et décide de mettre en oeuvre un effroyable stratagème. Huis clos psychologique féroce et oppressant, Cave est porté par une écriture incisive, écorchée, à l'image du rapport cruel et exclusif qui va sceller le destin d'une fille et de sa mère.
Pascal Praplan est journaliste indépendant après avoir été pendant dix ans membre de la rédaction ajournai de Genève. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages politico-économiques et a publié en 1998 un premier roman, Légitime défonce, sous le pseudonyme de Paul Milan, aux éditions Baleine.
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Les ongles caressent le grain des briques grises, accrochant les rugosités avec un léger crissement. Les pas ont une étrange résonance, comme s'ils étaient étouffés par le manque de lumière. Les murs se resserrent, l'obscurité se fait plus dense, l'air même semble s'épaissir.
S. hésite, s'arrête. Au fond du couloir, la porte de l'abri paraît la défier de toute sa hauteur. Elle se détache de l'ombre dans la faible luminosité qui tombe d'un soupirail, spectre aux contours réguliers, inquiétant d'immobilité.
Les yeux de S. parcourent l'armature de métal couverte d'une peinture verdâtre défraîchie par les années, les deux poignées et le gros boulon qui leur sert d'axe, le coeur de béton où l'on distingue encore les cicatrices du coffrage. Une vraie porte de prison, songe-t-elle, et en même temps, une porte vers la liberté... Un vague sourire plisse les commissures de ses lèvres, creusant deux minces fossettes sur ses joues pâles, un frisson lui traverse le dos et fait trembler ses fines épaules.
Elle n'a pas froid, pourtant. Elle sent même une étrange tiédeur s'emparer d'elle, l'enhardir. Elle s'avance encore un peu, pose ses mains à plat sur la porte. Le contact la rassure. Le ciment semble complice, presque chaud, doux en tout cas. Elle relève ses bras avec lenteur, écarte largement les jambes, colle tout son corps à la masse de béton.
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