Auteur : Alan Duff
Traducteur : Pierre Furlan
Date de saisie : 18/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Babel, n° 778
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 978-2-7427-6495-2
GENCOD : 9782742764952
Sorti le : 03/11/2006
Après le suicide de sa fille, dont il a été tenu pour responsable, Jake Heke n'est plus tout à fait comme ses frères maoris de la banlieue d'Auckland. Cet homme au passé violent, au caractère jusqu'alors méprisable, prétentieux et vulgaire, tente désormais de donner un autre sens à sa vie en la fondant sur le respect de soi et la rédemption.
Mais dans cette métropole de Nouvelle-Zélande demeurent les paumés, les tueurs et les dealers, les femmes soumises, battues ou calculatrices et les adolescents perdus. Une communauté organisée et possessive qui ne laissera pas facilement l'un des siens s'échapper vers les rives salvatrices de l'intégration.
Dans ce puissant roman où lyrisme et oralité s'entremêlent, Alan Duff retrouve les personnages de L'Ame des guerriers et propose une représentation implacable de la violence urbaine de notre temps.
Alan Duff vit en Nouvelle-Zélande et se consacre à l'écriture depuis 1985. Auteur de plusieurs romans et essais, il a également publié chez Actes Sud Nuit de casse (1997) et L'Ame des guerriers (1996 ; Babel n° 536).
Jake Heke, sortant d'un rêve, s'éveilla dans un lit sans draps, comme à sa naissance. Et toutes ses années de mariage avec Beth (oh, Bethy) n'avaient pas réussi à lui faire changer ses habitudes : il n'avait jamais pu comprendre qu'elle ne préfère pas la sensation de la couverture. Man, c'est sentir la laine que j'aime, c'est comme si j'avais mon putain de mouton à moi pour me tenir chaud. Jake avait même filé une beigne à Beth un jour où elle l'avait traité d'animal répugnant juste parce qu'il s'était passé de draps pendant les quelques jours où elle était allée à un enterrement. En rentrant, elle avait dit que la maison était un vrai foutoir ; et c'en était un, seulement Jake avait encore quelques-uns de ses potes sur place, dans la cuisine, en train de finir le baril de bière pourtant presque éventée - mais du moment que la fête continuait (c'était à l'époque, il y avait des années de ça) -, et il lui avait répondu : T'as qu'à nettoyer, merde. Après être montée et avoir vu le lit sans draps (j'sais pas ce que j'en ai fait, j'ai dû les virer quand j'étais bourré, que je me suis couché avec mon mouton - ha ha ha - et que je me suis écroulé), elle était redescendue et l'avait traité devant ses potes. Eh bien, naturellement, Jake lui avait allongé un coup - je parle pas de bite, eh, les mecs, ha ha ha ! ça me fait marrer -, et c'était pas non plus une trempe, rien qu'un revers de main pour lui apprendre : on me parle pas comme ça quand mes copains sont là. Sinon, il ne pourrait jamais plus se montrer devant eux. Voilà comment il raisonnait à l'époque - ça fait combien, cinq, six ans ? Non, davantage, le coup du drap, ça doit remonter à dix, parce que, six ans, c'est la durée de notre séparation. (Il y a déjà si longtemps ? Nous sommes séparés depuis tant d'années ? Eh bien, merde alors : il y a si longtemps que ça, que j'ai mal en pensant à elle ?) A présent, il se sentait beaucoup moins à l'aise pour - eh bien, pour plein de choses.
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