Auteur : Elisabeth Horem
Date de saisie : 16/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : B. Campiche, Orbe, Suisse
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-88241-177-8
GENCOD : 9782882411778
Treize nouvelles tour à tour graves, drôles ou cruelles, et dont les personnages connaissent des moments de désarroi, des «dérapages», des situations déconcertantes ou dangereuses - parfois absurdes.
Les quatre premiers textes ont été publiés en revue en 1994 et 1995. Les autres ont été écrits en 2005 et 2006.
Elisabeth Horem, française et suisse, a étudié à Paris.
Elle a publié Le Ring (1994, Prix Georges-Nicole 1994, Prix de la Commission de littérature du Canton de Berne 1994 et Prix Michel-Dentan 1995), Congo-Océan (1996, Prix d'encouragement de la Ville de Berne), Le Fil espagnol (1998) et Le Chant du bosco (2002), quatre romans dont les critiques ont souligné la remarquable qualité d'écriture et l'atmosphère d'étrangeté et de mystère qui s'en dégage.
Elisabeth Horem a séjourné à Moscou, à Prague et dans plusieurs pays arabes dont l'Irak (2003-2006), évoqué dans Shrapnels. En marge de Bagdad (2005). Elle vit maintenant à Tripoli (Libye).
POUR ARRIVER LÀ, les gens avaient emprunté toutes sortes de véhicules : des voitures décapotables, des limousines, de vieilles guimbardes, des motos rutilantes, des camions, des camionnettes, des bétaillères, des autocars, que sais-je encore ! J'ai même vu un fiacre. Ils s'étaient tous garés le long de la route et en venant j'avais longé leur file sur des kilomètres.
Des chauffeurs avaient étalé des journaux sur leur pare-brise. Beaucoup dormaient, enlacés à leur volant. Certains prenaient leur mal en patience en faisant griller des saucisses, d'autres jouaient aux cartes. Parfois je sentais la chaleur d'un moteur me lécher les jambes au passage.
Mais la plupart étaient venus à vélo ou à pied, comme moi. Sur la route j'en avais dépassé qui marchaient lentement, à contrecoeur aurait-on dit. Et d'autres, dans leur hâte, m'avaient presque bousculée.
Quand je fus arrivée, le découragement me prit à la gorge : une foule compacte était massée devant les grilles, épaule contre épaule. Une rumeur sourde s'en élevait, qui se propageait d'un point à l'autre, grondante et dangereuse à la manière d'un feu qui couve.
J'hésitais. Certains avaient d'ores et déjà renoncé : ils dormaient par terre dans des sacs de couchage ou roulés dans des couvertures. Un peu à l'écart, des femmes s'étaient installées sur des pliants, à l'ombre de parasols. Beaucoup avaient apporté une glacière, des bouteilles thermos. De toute évidence elles s'étaient préparées à une longue attente et, pour ne pas perdre leur temps, rageusement, elles tricotaient.
Mais j'avais tant marché pour venir...
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