Auteur : Joël Broyer
Date de saisie : 15/11/2006
Genre : Nature, Animaux
Editeur : Belin, Paris, France
Collection : Eveil nature. Approche, n° 44
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7011-4148-0
GENCOD : 9782701141480
Sorti le : 23/10/2006
Rassemblés l'hiver en pleine eau loin des rivages, cachés au printemps dans les roselières, les milouins sont des canards ni très familiers ni très farouches. Entre domaines aquatiques et aériens, il faut la passion de l'ornithologue ou la patience du chasseur pour s'avancer à leur rencontre jusqu'aux abords d'une berge marécageuse, pour scruter vers le large la troupe qui repose à distance, pour attendre au crépuscule la chute d'un vol dans une queue d'étang.
Cet ouvrage rassemble les connaissances acquises sur une espèce particulièrement sensible à l'état de conservation des zones humides, mais qui peut aussi montrer de grandes capacités d'adaptation aux activités humaines.
Joël Broyer travaille à l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage. C'est un spécialiste reconnu des zones humides. Il consacre en partie ses activités de recherche à l'écologie des anatidés en période de reproduction, notamment dans les grandes régions de pisciculture extensive en étang qui comptent parmi les principaux sites d'accueil pour le fuligule milouin en Europe.
Il est déjà l'auteur de deux monographies dans la collection «Approche» : «Le Râle des genêts» et «Le Vanneau huppé».
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N'en déplaise au poète, la liberté de l'oiseau migrateur est surtout une quête sans répit de la subsistance, de la survie. Telle envolée ordonnée et puissante n'est jamais que fuite, plus ou moins anticipée, de la pénurie. Quittant en mauvaise saison une place pour une autre sitôt ses ressources épuisées, les fuligules milouins exploitent méthodiquement ce que le continent peut offrir, dans une compétition qui vraisemblablement éloigne les femelles plus avant vers le sud. Certes de nombreux plans d'eau artificiels, issus de l'extraction de matériaux alluvionnaires ou de la construction de barrages, ont ces dernières décennies multiplié les possibilités de se rassembler dans une quiétude presque assurée. Mais dans le même intervalle, combien de marais nourriciers ont été comblés ou drainés ?
L'emprise humaine a marqué plus encore les habitats où ces canards viennent se reproduire. A la fin du XIXe siècle, en Europe de l'ouest, le vanneau huppé se retira plus au nord en même temps que s'affirmait la technicité de l'agriculteur et son impact sur les zones humides. Simultanément à l'est, les grandes plaines de Sibérie occidentale, fraîchement peuplées de colons russes, purent laisser échapper un peu de leur immense population de milouins ; on en vit en tout cas affluer à l'ouest et au sud jusque dans les années 1960, expansion touchant bientôt à l'Irlande et même l'Espagne. Ce que l'homme lui avait confisqué, le vanneau crut le retrouver en s'astreignant par un vain compromis à pondre dans les terres arables. Leur patrie nouvelle, les milouins immigrés l'ont établie souvent avec succès dans les grands ensembles d'étangs créés pour une pisciculture extensive. Les deux espèces ont en commun l'expérience précoce de l'artificialité, en prélude à un imperium devenu sans partage de l'espèce humaine sur les espaces naturels.
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