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Bains de foule : les voyages présidentiels en province, 1888-2002

Couverture du livre Bains de foule : les voyages présidentiels en province, 1888-2002

Auteur : Nicolas Mariot

Date de saisie : 14/11/2006

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : Belin, Paris, France

Collection : Socio-histoires

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-7011-4452-8

GENCOD : 9782701144528


  • La présentation de l'éditeur

Grâce à la télévision, le président de la République peut s'adresser à tous les Français. Très régulièrement, des sondages viennent l'informer de ce que pensent ses concitoyens. Pourquoi alors continue-t-il, à intervalles réguliers, à parcourir les provinces de l'hexagone ? Si les visites présidentielles perdurent sans discontinuer depuis la fin du XIXe siècle, c'est parce qu'elles semblent ne jamais connaître l'échec : des déplacements de Sadi Carnot à ceux de Jacques Chirac, les commentateurs (policiers, politiques ou journalistes) constatent sans faillir la liesse du public et attestent immanquablement de la popularité du président.
En croisant commentaires de voyages et archives de leurs préparatifs, ce livre est à la fois une histoire des tours de France présidentiels et une plongée dans l'atmosphère des «petites patries» en fête. L'enquête montre que l'efficacité des tournées politiques repose sur une mécanique qui tient tout entière dans une formule aussi simple que robuste : «Si les gens applaudissent, c'est qu'ils adhèrent.» L'objectif essentiel de cet ouvrage revient à en expliquer la magie.

Nicolas Mariot est chargé de recherches au CNRS (CURAPP, Amiens). Il est membre du comité de rédaction de la revue Genèses.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

L'effervescence sociale comme problème de recherche

1. Mai 1995. Jacques Chirac est élu président : une foule enthousiaste s'approprie le bas des Champs-Elysées. Au peuple de gauche rassemblé place de la Bastille le 10 mai 1981, celui de droite peut enfin rendre la monnaie de sa pièce. La victorieuse célébration est organisée place de la Concorde, choisie pour susciter l'évocation, chez tous nos meilleurs spécialistes, des épisodes les plus embléma­tiques sinon de l'histoire de France récente, au moins de la trajectoire gaullienne (au premier rang desquels la descente d'août 1944 et la remontée du 30 juin 1968).
12 juillet 1998. La France gagne, «chez elle» et «en banlieue», sa première coupe du monde de football. La «plus belle avenue du monde» est de nouveau envahie : l'événement suscite une étonnante célébration médiatique et politique achevant de constituer «l'épopée des Bleus» en symbole d'une France «black-blanc-beur». La leçon est là : «l'intégration républicaine» que l'on disait si mal en point s'est pourtant offerte aux yeux de tous à l'occasion d'un triomphe élyséen aussi bon enfant que multiculturel. Le Nouvel Observateur titre : «Nous nous sommes tant aimés».
21 avril 2001. La France gagne toujours, dans l'emblématique Stade de France, contre l'Algérie. Las, la Marseillaise est cette fois sifflée et des drapeaux algériens envahissent le terrain. L'événement suscite un déploiement de prises de parole presque aussi spectaculaire que lors de la victoire de 1998 : questions à l'Assemblée, éditoriaux, reportages, dissertations sur le refoulé algérien, etc. Le Nouvel Observateur titre : «Où vont les Beurs ?».

5 mai 2002. Jacques Chirac est réélu. Plus de Concorde, toute la République. Pourtant la place ne ressemble en rien à ce qu'étaient les fontaines concordataires sept ans plus tôt : les images télévisées montrent une foule manifestement plus bellevilloise que Bon Marché, qui plus est piquée de drapeaux algériens, marocains ou palestiniens. En outre, depuis plusieurs semaines, on avait beaucoup parlé des crachats lancés sur le chef de l'Etat par des «jeunes de banlieues». Est-ce la raison pour laquelle les commentateurs de la soirée électorale restèrent longtemps silencieux avant de se résoudre, comme à regret, à émettre de bien timides exégèses des images qui leur parvenaient ?


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