Auteur : Jean-François Le Forsonney
Date de saisie : 17/11/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : M. Lafon, Neuilly-sur-Seine, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7499-0561-7
GENCOD : 9782749905617
Sorti le : 19/10/2006
" Cette affaire me colle à la peau. J'avais vingt-cinq ans, il en avait vingt-deux. Mon client a été condamné et exécuté alors qu'il était peut-être innocent. Il y a là de quoi occuper la vie d'un avocat. On n'en sort pas indemne, il reste une plaie ouverte... Si l'homme est ce qu'il fait, comme dit André Malraux, alors je m'interrogerai encore longtemps. Ma jeunesse et mon inexpérience sont une explication, pas une excuse. J'étais libre de refuser. Je ne l'ai pas fait. Est-ce que je le regrette ? Non. Ça ne servirait pas à grand-chose, et avec le recul je me dis que le peu due je sache du grand bazar judiciaire, des juges, du rôle de l'avocat, de la façon dont il doit défendre, je l'ai puisé dans cette affaire. Peut-être l'homme est-il aussi ce qu'il sait ? Le malheur a voulu due ce soit au prix d'une tête. Comment pourrais-je l'oublier ? " Jean-François Le Forsoney
Jean-François Le Forsonney, avocat au barreau de Marseille depuis trente ans. Christian Ranucci, dont la condamnation à mort au terme d'un procès expéditif continue de troubler les consciences, a été son premier client.
Avant-propos :
UNE PLAIE OUVERTE
Si ce qui est verbalisé a une chance d'être maîtrisé, il était temps que ça sorte. L'avocat n'a le plus souvent quelque chose à raconter que dans la collection «vécu». Fouiller dans les souvenirs, les faire remonter à la surface, en discerner les conséquences, pour ne pas dire les symptômes ou les cicatrices. Il faut du temps. Cette affaire me «colle à la peau». Après toutes ces années, l'intérêt médiatique qu'elle suscite et celui du public provoquent encore chez moi un étonnement qui n'a rien de feint. Elle doit dire des choses que seuls les autres perçoivent. Au vrai, je ne la vois que de l'intérieur. J'avais vingt-cinq ans, il en avait vingt-deux. Mon client a été condamné et exécuté alors qu'il était peut-être innocent. Il y a là de quoi occuper la vie d'un avocat. On n'en sort pas indemne, il reste une plaie ouverte, la titiller n'est pas indolore.
À supposer cet obstacle franchi, si l'homme est ce qu'il fait, comme dit André Malraux, alors je m'interrogerai encore longtemps. Ma jeunesse et mon inexpérience - je crois ou me persuade qu'il fallait cette trentaine d'années pour comprendre ce métier - sont une explication, pas une excuse. J'étais libre de refuser. Je ne l'ai pas fait. Est-ce que je le regrette ? Non. Ça ne servirait pas à grand-chose, et avec le recul je me dis que le peu que je sache du grand bazar judiciaire, des juges, des confrères, du client, du rôle de l'avocat, de la façon dont il doit défendre, de celle dont il peut convaincre, je l'ai puisé dans cette affaire. Peut-être l'homme est-il aussi ce qu'il sait ? Le malheur a voulu que ce soit au prix d'une tête. Comment l'oublierais-je ?
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