Auteur : Jacques Derrida
Date de saisie : 10/11/2006
Genre : Philosophie
Editeur : Galilée, Paris, France
Collection : Incises
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7186-0733-7
GENCOD : 9782718607337
Sorti le : 19/10/2006
Chacun de ces trois essais, Passions, Sauf le nom, Khôra, forme un ouvrage indépendant et peut se lire comme tel. Si toutefois il a été jugé opportun de les publier simultanément, c'est que malgré l'origine singulière de chacun d'eux, le fil d'une même thématique les traverse. Ils forment une sorte à'Essai sur le nom - en trois chapitres ou trois temps. Trois fictions aussi. À suivre les signes qu'en silence les personnages de telles fictions s'adressent l'un à l'autre, on peut entendre résonner la question du nom, là où elle hésite au bord de l'appel, de la demande ou de la promesse, avant ou après la réponse.
Passions dit un secret absolu, à la fois essentiel et étranger à ce qu'on appelle en général du nom de secret. (...)
Sauf le nom. Il y va du salut. Deux interlocuteurs s'entretiennent un jour d'été, c'est une autre fiction, de ce qui tourne autour du nom, singulièrement du nom de nom, du nom de Dieu et de ce qu'il devient dans ce qu'on appelle la «théologie négative», là où le SurNom nomme l'innommable, soit à la fois ce qu'on ne peut ni ne doit nommer, définir ou connaître, parce que d'abord ce qu'on surnomme alors se dérobe, sans s'y tenir, au-delà de l'être. (...)
Khôra, le plus ancien des trois essais, n'en est pourtant pas la «matrice» ou le «porte-empreinte» originaire, comme on pourrait être tenté de le penser. Il situe seulement une aporie exemplaire du texte platonicien. (...)
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Sauf le nom (Post-Scriptum)
-[...]
- Plus d'un, je vous demande pardon, il faut toujours être plus qu'un pour parler, il y faut plusieurs voix...
- Oui, je vous l'accorde, et par excellence, disons exemplairement, quand il s'agit de Dieu...
- Plus encore, si c'est possible, quand on prétend en parler selon ce qu'ils appellent l'apophase, autrement dit selon la voix blanche, la voie de la théologie dite ou soi-disant négative. Cette voix se démultiplie en elle-même : elle dit une chose et son contraire, Dieu qui est sans être ou Dieu qui (est) au-delà de l'être. L'apophase est une déclaration, une explication, une réponse qui, prenant au sujet de Dieu une forme négative ou interrogative, car c'est aussi ce que veut dire apophasis, ressemble parfois à s'y méprendre à une profession d'athéisme. D'autant plus que la modalité de l'apophasis, malgré sa valeur négative ou interrogative, rappelle souvent celle de la sentence, du verdict ou de la décision, du statement. Je voudrais vous parler, n'hésitez pas à m'interrompre, de cette multiplicité des voix, de cette fin tout initiale, mais aussi bien interminable, du monologisme - et de ce qui s'ensuit...
- Comme une certaine mystique, le discours apophatique a toujours été soupçonné d'athéisme. Rien ne paraît plus mérité et plus insignifiant à la fois, plus déplacé, plus aveugle qu'un tel procès. Leibniz lui-même y fut enclin. Heidegger rappelle ce qu'il disait d'Angelus Silesius : «On rencontre chez ces mystiques quelques passages qui sont extrêmement hardis, pleins de métaphores difficiles et inclinant presque à l'athéisme, ainsi que je l'ai remarqué dans les poésies allemandes, belles d'ailleurs, d'un certain Angélus Silesius...»
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