Auteur : Charles Baudouin
Date de saisie : 08/11/2006
Genre : Philosophie
Editeur : Imago, Paris, France
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-84952-037-6
GENCOD : 9782849520376
Sorti le : 18/10/2006
L'âme et l'action... Quoi de plus antagoniste, voire même d'incompatible au regard du sens commun. Pourtant, nous dit Charles Baudouin, l'inconscient est poussée, désir, tendance à agir. Rêves, névroses ou sentiments ne sont que des actions esquissées, dérivées, avortées, sublimées, et notre conduite, dans ses motivations les plus obscures, apparaît bien comme l'expression de l'âme.
Dans une démarche progressive, s'appuyant sur des analyses de cas, Charles Baudouin décrit les structures de la psyché, met en lumière la fonction compensatrice de l'imagination, décrypte les différents complexes, accorde une attention particulière à la pathologie du risque et scrute les ressorts de la sublimation. Il fait, en outre, une subtile synthèse de la typologie des caractères et, en précurseur, avant Lacan, donne au langage toute la place qui lui revient entre conscient et inconscient.
Au fil des pages, intégrant les apports de grands pionniers - Janet, Lévy-Bruhl, Freud et Jung -, Charles Baudouin, avec rigueur et intuition, nous permet ainsi de mieux cerner l'esprit et la philosophie qui sont à la base de la psychanalyse.
Psychanalyste, philosophe, poète, romancier, Charles Baudouin a fondé à Genève, en 1924, l'Institut de psychagogie (actuellement Institut international de psychanalyse et de psychothérapie Charles Baudouin), et a créé la revue Action et pensée. Il a notamment publié Psychanalyse de l'art (1929), L'Ame enfantine et la Psychanalyse (1931), Psychanalyse de Victor Hugo (1943), De l'Instinct à l'esprit (1950), L'Oeuvre de Jung (1963), Christophe le passeur (1964) et Psychanalyse du symbole religieux, (réédition en 2006).
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Extrait de l'introduction :
DE L'IDÉE À L'ACTION
La science s'efforce d'introduire dans la multiple diversité des apparences toute l'unité possible ; il lui importe de trouver partout où elle opère un phénomène qui lui serve de commune mesure à beaucoup d'autres. Ainsi la physique a pu faire du mouvement, sous l'espèce des vibrations, non seulement la commune mesure de ces diverses qualités que sont les couleurs du prisme, mais encore la commune mesure de phénomènes aussi disparates que le son, la lumière, les ondes du sans-fil. La détermination de cette commune mesure, de ce phénomène étalon, est une étape essentielle dans le développement d'une science. Aussi bien n'a-t-elle pour accoutumé d'aboutir qu'après maints tâtonnements (et l'on se souvient, par exemple, des «éléments» des physiques anciennes).
En outre, il y a dans ce choix une part de convention : il importe seulement de s'arrêter à la convention la plus opportune, ou comme eussent dit les pragmatistes, la plus «commode». Mais il se peut fort bien qu'avec le progrès des connaissances de nouveaux étalons, à un moment donné, deviennent plus opportuns que ceux qui avaient fait leurs preuves jusque-là.
Or, la psychologie, elle aussi, a besoin d'un phénomène étalon. La recherche de celui-ci est passée, au cours des derniers siècles, par plusieurs étapes.
Descartes propose comme étalon Vidée claire et distincte ; et les autres phénomènes, soit moins intellectuels, soit moins clairs, qui peuvent peupler et agiter une âme, doivent dès lors se reconstituer en termes d'idées. Ainsi les sentiments ne seront que des idées confuses ; les faiblesses et les erreurs de notre volonté ne seront dues qu'à l'infirmité de notre entendement.
Au siècle suivant, un Condillac propose un tout autre étalon, qui est la sensation. Sa statue imaginaire s'éveille à la vie dans une seule «odeur de rose». La sensation devient une sorte d'atome dont les combinaisons diverses produiront la pensée et tous les phénomènes de l'esprit. Ce point de vue domine toutes les psychologies sensualistes et associationnistes.
L'opposition des deux grands courants de la psychologie classique, rationalisme et empirisme, ne pourrait-elle pas, en somme, se ramener à une divergence dans le choix de l'étalon, qui est l'idée dans le premier cas, la sensation dans le second ?
Mais en sommes-nous réduits à cette alternative ?
À la vérité, il est remarquable que rationalisme et empirisme subirent tous deux, dans les deux derniers siècles, une évolution analogue et qui pourrait bien leur ménager un accord, en les amenant l'un et l'autre à s'arrêter à un nouvel étalon.
Le pas décisif dans l'évolution du rationalisme fut accompli par Kant, avec l'appel à la raison pratique comme à une dernière instance plus décisive que la raison même. Cela revenait à placer la volonté à la racine des choses, et c'est bien là l'idée qui, à travers les successeurs immédiats de Kant, viendra s'épanouir dans la philosophie d'un Schopenhauer, et jusque dans la doctrine d'un Secrétan ou dans le finalisme d'un Lachelier.
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