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Lettres d'un inverti allemand

Couverture du livre Lettres d'un inverti allemand

Auteur : Georges Apitzsch

Préface : Philippe Artières

Date de saisie : 06/11/2006

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : EPEL, Paris, France

Collection : Essais

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-908855-89-0

GENCOD : 9782908855890

Sorti le : 19/10/2006


  • La présentation de l'éditeur

Michel Foucault aimait à dire que la confrontation des hommes infâmes avec le pouvoir produit d'étranges ohjets dans lesquels se fait entendre «le marmonnement du monde». Dans ces lettres envoyées par un jeune homosexuel allemand, Georges Apilzseh, à son médecin, le professeur de médecine légale Alexandre Lacassagne, s'entend ce marmonnement.

Correspondance échangée entre Georges Apitzsch et le professeur lyonnais de médecine légale Alexandre Lacassagne - Ces lettres constituent un document unique en France sur la vie des homosexuels à la Belle Epoque, mais aussi sur la façon dont, au même moment, la médecine prend en compte et en charge la sexualité. C'est aussi un vaste tableau européen de l'inversion, car Apitzsch ne se contente pas de raconter ce qu'il voit et ce qu'il ressent, il lit avec attention la littérature contemporaine où apparaissent des invertis (Rachilde, Jean Lorrain, Achille Essebac, Oscar Wilde, etc), mais va au-devant des principaux acteurs de ce savoir sur les invertis en train de se constituer en Allemagne (Albert Moll, Magnus Hirschfeld) en Autriche (Friedriche S. Krauss) en Italie (Paola Mantegazza).

Philippe Artières est historien des écritures de la marge et responsable du centre Michel Foucault. Il a notamment publié Le livre des vies coupables. Autobiographies de criminels (1896-1909) (Albin Michel) ainsi que Vivent les voleurs (Allia)



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  • Les premières lignes

Avant-propos de Philippe Artières :

Les absents

L'histoire a ses grands absents, les invertis du XIXe siècle sont de ceux-là. Imagine-t-on un instant que certains de ceux qui firent la barricade en 1871 aimaient des garçons, que, parmi les apaches des barrières, il y en avait qui ne couraient pas les filles des bals publics, leur préférant les jeunes ouvriers. Pourtant, ces absents ont laissé de nombreuses traces contrairement à ce que l'on dit bien souvent. Là un ensemble de petites annonces, ailleurs quelques lettres, ailleurs encore un journal ou une autobiographie. Et puis il y a l'immense archive judiciaire, celle des affaires de chantage, celle de la répression, des attentats aux moeurs, de la prostitution... Les invertis furent souvent pris dans les mailles du pouvoir, dans les filets de sa formidable machine d'écriture. De cette confrontation ont été conservés nombre de procès-verbaux.
Il serait vain de vouloir rassembler toutes ces traces en un même lieu, vain de vouloir les extraire de leur lieu présent de conservation ; de même, isoler et constituer l'analyse de ces documents en une sous-discipline de l'histoire sociale apparaît comme une impasse. Cette absence ne tient pas en effet à ces deux faits trop souvent avancés à mauvais escient. Si les invertis sont absents de l'histoire, comme les femmes le furent longtemps, cela tient à notre incapacité à penser les homosexuels comme des acteurs comme les autres, c'est-à-dire comme présences. Ce refus se manifeste par le rejet d'une histoire du banal : il n'y aurait en somme d'homosexualité historicisable que dans ce qui rompt le cours ordinaire des jours. On associe ainsi ces pratiques à des moments particuliers, la guerre, à des lieux spécifiques, la prison, la caserne, ou à des figures singulières, l'artiste et l'écrivain. En somme, on les construit comme relevant de l'extraordinaire. Or, il est une histoire ordinaire de l'homosexualité, une histoire qui croise celles des sociétés européennes, une histoire qui est aussi celle de la médecine et des corps, celle de la police, celle de nos institutions. Les événements qui l'animent sont de faible intensité : ni cris ni hauts faits, mais des gestes de peu d'ampleur et de simples murmures.
Les lettres que l'on va lire ci-après participent, je crois, de cette histoire ; elles en sont probablement une pièce exemplaire parce que minimes et fragmentaires. Ce petit volume se veut ainsi une contribution à l'écriture d'une histoire des homosexualités qui s'inscrit non dans les marges de la grande Histoire mais en son sein même. Sans doute s'agit-il là de réaffirmer qu'il n'est pas d'histoire qui soit périphérique, pas d'acteurs de seconde zone, pas d'événements insignifiants. Sans doute s'agit-il aussi de réaffirmer qu'il n'y a pas des histoires parallèles qui ne se rencontrent jamais et que le travail de l'historien consiste à tenter de les lire ensemble plutôt que séparément.


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