Auteur : Francis Lacassin
Date de saisie : 05/01/2007
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Littérature
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-268-05989-1
GENCOD : 9782268059891
Avec quarante ans d'édition, cinq cents préfaces, vingt ans de collaboration aux prestigieuses collections " 10-18 " et " Bouquins " ; en réhabilitant la bande dessinée et la littérature populaire ; en défendant une contre-histoire du cinéma, Francis Lacassin se révèle le plus atypique des éditeurs, côtoyant aussi les contrebandiers de l'or du Golfe persique et explorant les ruines des villes de l'or du Klondike. Il a publié les cinquante-deux volumes des oeuvres de Jack London considéré à l'époque comme un " écrivain pour la jeunesse " et, véritable chien saint-bernard des sinistrés de la littérature, il a réanimé de prodigieux inconnus et a révélé les aspects méconnus de personnages célèbres : Simenon, Lewis Carroll, Casanova, Blaise Cendrars, Albert Londres, Guy Schoeller... Plus que le récit d'une carrière initiée chez Pauvert, les Mémoires de Francis Lacassin montrent un destin d'éditeur qui se poursuivra dans l'au-delà où, croit-il, il aura enfin le temps de lire, quelle que soit leur langue, tous les livres du monde.
Lacassin est toujours en avance, jamais là où on l'attend. Pour le lecteur lambda, il n'était qu'un nom en bas d'une préface. Que l'on lisait tant elle était instructive. Il publie ses Mémoires, dans lesquels il raconte comment il a révélé des aspects inconnus de tant de personnages célèbres, offert un havre aux écrivains aventuriers, mis à leur vraie place des losers magnifiques...
Comme Jack London, sans conteste sa plus belle réussite éditoriale, c'est un infatigable vagabond des étoiles
Je n'ai jamais envisagé d'écrire mes Mémoires : c'est une idée de Jean-Paul Bertrand (ancien PDG des éditions du Rocher), qui à chaque fois que nous nous rencontrions me faisait raconter mes histoires, comme Jack London qui, au lieu de chercher de l'or à Dawson City, faisait parler les vieux dans les bars. Au cours d'un déjeuner, il me dit : "Vous devriez écrire vos Mémoires. Je ne crois pas qu'il y ait à Paris beaucoup de conseillers littéraires qui soient allés au Klondike pour préparer une édition de Jack London"...
Ecrit d'une plume élégante, ce livre donne de l'édition l'image d'un métier exercé avec passion, curiosité et un certain sens du risque.
La paralittérature a ses érudits. Francis Lacassin est l'un de ces Pic de La Mirandole, irrésistiblement attirés par le second rayon et les fonds de tiroir où se nichent des pépites et des paillettes d'une expression artistique oubliée ou rejetée. En réhabilitant la bande dessinée et le roman populaire, à partir d'un véritable travail de détective, il donne l'impression d'avoir eu plusieurs vies. Car la sienne propre s'inscrit dans celle des personnages, venus de la réalité ou de la fiction, qui l'ont fait vibrer de plaisir et de défi. En publiant ses Mémoires, Sur les chemins qui marchent, Francis Lacassin vient de tracer le contour d'un territoire qu'il continue d'explorer avec une inlassable patience professionnelle. Du haut de ses quarante ans d'édition, il peut contempler aujourd'hui le résultat d'efforts phénoménaux et l'ampleur d'un travail souvent mal évalué. Comme l'étaient certains auteurs qu'il a tirés de l'oubli ou remis au goût du jour.
LES NUITS TROP CALMES DE SOUK-AHRAS
La guerre d'Algérie se poursuivait sans fin. Un ministre intrépide, quelques mois plus tôt, en avait annoncé «le dernier quart d'heure». Comme il se prolongeait, je commençai au printemps 1957 la lecture du Cas Simenon de Thomas Narcejac dans un camp isolé du sud tunisien. Elle s'acheva, après quelques péripéties, dans un camp du sud algérien. Je devais cette lecture à Bernard Chardère, ci-devant directeur de la revue Positif. Je venais de faire sa connaissance dans une caserne d'infanterie de Bizerte. Il y exerçait la fonction enviée de garde-réfectoire.
Ma double qualité de cinéphile et de lecteur de Positif me valut un privilège foudroyant. Celui de figurer parmi les intimes conviés par le directeur «aux armées» à partager le déjeuner offert par la Nation dans sa salle à manger privée : le fond du réfectoire coupé de la foule bruyante par une batterie d'armoires farcies d'assiettes et de couverts (comptés et recomptés deux fois par jour).
À la faveur de ces agapes en cabinet particulier, je trouvai dans le défenseur de Bunuel, Huston, Jean Vigo, Autant-Lara un fervent lecteur de Simenon. Ferveur partagée, mais bientôt contrariée par mon départ «en opérations» dans le sud tunisien, pour «quelques jours». Ils risquaient d'être longs sans les conversations savourées à l'abri des armoires à vaisselle. Abusé par «le dernier quart d'heure», en venant m'échouer sur les côtes tunisiennes, je n'avais avec moi ni livres ni poste de radio. Voilà comment Chardère me prêta en confiance son exemplaire d'un livre déjà épuisé et rare. Je ne revis jamais le réfectoire de Bizerte. Et le garde-réfectoire ne revit jamais son précieux livre. Les villégiatures militaires, avec leur improvisation fébrile, favorisent peu la circulation ou la conservation des oeuvres littéraires.
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