Auteur : Thomas Jonigk
Traducteur : Georges Arthur Goldschmidt
Date de saisie : 26/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Verdier, Lagrasse, France
Collection : Der Doppelgänger
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-86432-417-1
GENCOD : 9782864324171
Jupiter est l'un des romans les plus troublants et les plus violents de la littérature allemande de ces dernières années. Troublant, parce qu'il s'agit moins ici d'homosexualité que de folie, et violent, moins par les scènes de masochisme que par le dédoublement constant du narrateur, devenu à la fois son propre bourreau et l'observateur implacable de ses dérives.
Martin, jeune homosexuel au chômage, rencontre un jour, dans un bar sordide, un homme qui le recueille, avec lequel il vit quelque temps, dont il tient la droguerie et promène les chiens monstrueux. Mais il s'avère assez vite que cet homme, Jürgen, a commis des actes de pédophilie sur sa propre fille, et que Martin ne l'a suivi et aimé que parce qu'il a lui-même été abusé, enfant, par son propre père. L'impossibilité de sortir du cercle infernal engendré par la relation au père apparaît dans la clôture vertigineuse du texte, dont les dernières phrases sont aussi les premières : l'arrestation du coupable ne répare rien.
Écrit dans une langue dont l'étrangeté calculée intègre pour les détruire tous les clichés répandus par la presse et la publicité, Jupiter est aussi, il faut le dire, un roman dont certains passages sont d'une extrême drôlerie : satire féroce d'un monde falsifié où la réduction de l'être humain à l'objet répond à une logique économique omniprésente, où le langage commercial fait appel au vocabulaire des sentiments, où tout discours contestataire dégénère en slogans creux.
Jupiter est le premier roman spécial d'un auteur de théâtre allemand né en 1966. En quoi est-il spécial ? Peut-être par son aspect épouvantable, en particulier sexuellement parlant, le narrateur étant manifestement un jeune homosexuel masochiste qui rencontre ses maîtres. Mais on sent bien que le sexe reste secondaire au sein même des relations physiques et que le caractère affreux du texte est contrebalancé par son comique. Le masochisme est créateur d'ironie. Le narrateur lui-même se divise schizophréniquement en deux, celui qui dit je comme tout narrateur qui se respecte mais ne se respecte pas, et Martin qui a tout du narrateur sauf sa capacité à prendre son discours en charge... La façon dont Jupiter décrit la folie par un déséquilibre général du texte fait un peu penser à celui qu'a établi Thomas Bernhard dans Perturbation, son deuxième roman... Jupiter est un roman d'autant plus drôle que le malaise serait trop fort si on n'en riait pas.
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