Auteur : Stéphane Dubreil
Préface : Jean-Robert Pitte | Alain Senderens
Date de saisie : 07/11/2006
Genre : Cuisine, Gastronomie, Vins
Editeur : Monum Ed. du Patrimoine, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-85822-919-2
GENCOD : 9782858229192
40 recettes pour «cent siècles de cuisine» voilà un pari audacieux. C'est finalement une invitation à un voyage dans la littérature gourmande et les cultures gastronomiques qui ont généré la notre. J'ai choisi ces textes en pensant toujours que ce patrimoine immatériel mais écrit était un ensemble de monuments historiques et de savoirs faire transmis patiemment. L'humour, la beauté des textes, leur étrangeté, la qualité du plat et l'imaginaire qu'il crée ont été les fils conducteurs de cette petite anthologie. Ainsi les loirs rôtis des romains nous interroge sur ce que nous mangeons et l'évolution des habitudes alimentaires. L'italien Platina prend la peine de nous donner la recette du poisson en pâte du moyen age mais pour expliquer que finalement c'est un plat tellement mauvais qu'il faut le réserver à ses ennemis. C'est là l'occasion de découvrir que la cuisine du moyen age était gouvernée par des principes médicaux étranges pour nous mais qui exercent encore une forte influence sur nos habitudes.
Mais le plus réjouissant est peut être que cette aventure culinaire nous montre que les plats anciens trouvent une résonance dans notre façon de manger et que la cuisine est toujours nouvelle, inventive et étonnante.
Stéphane Dubreil
Rôti de thon et carottes au cumin, fromentée, rissoles de citron, tarte d'anguilles, pêches Melba, 37 recettes ont été soigneusement choisies pour cette petite anthologie reflétant cent siècles d'art culinaire. Si la plupart proviennent de grands traités de toutes époques, depuis l'Antiquité, celles données pour les temps plus anciens ont été imaginées à partir de ce que l'on sait de ce qu'étaient les habitudes alimentaires de nos aïeux contemporains de Lascaux, et pour la période contemporaine, elles ont été confiées par quelques-uns des plus prestigieux chefs d'aujourd'hui.
Classées par grandes époques, ces recettes sont replacées dans leurs contextes par de courts essais dus à d'éminents spécialistes :
Marylène Patou-Mathis, archéologue, directrice de recherche au CNRS, pour la préhistoire ;
Nicole Blanc et Anne Nercessian, directrices de recherche au CNRS, pour la période gréco- romaine ;
Patrick Rambourg, historien de l'alimentation pour le Moyen Age et les temps modernes ;
Alain Drouard, professeur à la Sorbonne, pour le XIXe siècle ;
Bénédict Beaugé, écrivain et critique, pour le XXe et le XXIe siècle.
Une double préface, signée par Jean-Robert Pitte, président de la Sorbonne, et par le chef Alain Senderens ouvre ce voyage dans le temps et parmi un patrimoine immatériel que les Éditions du patrimoine, ordinairement spécialistes du patrimoine monumental, abordent pour la première fois, à l'occasion de leur dixième anniversaire.
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Extrait de la préface de Jean-Robert Pitte, président de l'Université Paris-Sorbonne :
Vue de l'étranger, la France est le pays des cathédrales, des abbayes, des châteaux, des jardins, mais aussi d'une certaine manière de peindre, de sculpter, de composer et de jouer de la musique, y compris des chansons populaires, d'écrire des romans, de la poésie, de la philosophie. C'est enfin pour la planète entière, qui ne voit heureusement que la partie émergée de l'iceberg, une élégance, un art de vivre, de converser, du rapport entre les femmes et les hommes, de s'habiller et enfin de boire et manger. Ah ! si notre réalité ressemblait tous les jours et partout en France à l'image que l'on a de nous, mais chut !
C'est Symphorien Berchoux le premier qui, en 1801, en un poème émouvant, a remis à l'honneur le vieux mot grec de gastronomie qui désigne la législation de l'estomac. Bien loin de graver des lois pseudo-médicales dans le marbre, Berchoux a magnifié les plaisirs de la bonne chère arrosée de bons vins, enveloppée de beau langage et, pour le reste, d'un laisser-aller de bon aloi.
Ce et ceux que l'on porte à ses lèvres doivent, cela va de soi, exalter les cinq sens sans les violenter, mais aussi exciter la pensée et accroître aussi bien l'intelligence que l'amour d'autrui : c'est cela la civilisation française. La gastronomie, de quelque pays qu'elle soit, est une sublimation du terroir, c'est-à-dire, du genius loci de la générosité maximale des sols, des climats, des plantes et des animaux domestiqués, des talents des agriculteurs, des transformateurs, des cuisiniers, sommeliers, marchands et, en dernier ressort ou plutôt en premier, des amateurs éclairés et exigeants. Sans gourmets au palais éduqué, point de bonne cuisine, point de bon vin, le désert culturel, comparable à la toile blanche d'un atelier de peintre ou à un bel instrument qu'aucun musicien talentueux ne saurait faire vibrer. Outre tout cela, en France, on en parle. Jamais le précepte du savoir-vivre anglais qui voudrait interdire que l'on parle à table de ce que l'on mange et boit n'a eu droit de cité de ce côté-ci de la Manche, sauf lors de certaines dînettes engoncées et puritaines qu'il vaut mieux oublier.
Le patrimoine, c'est l'héritage des pères accepté, aimé, conservé avec affection, cela ne veut pas dire privé de liberté. Les musées sont remplis d'objets patrimoniaux qui s'ennuient un peu, même s'ils se savent vénérés. Il n'émane aucun charisme de Mona Lisa lorsqu'elle émerge à peine d'une forêt d'appareils numériques et qu'elle est contrainte d'entendre en même temps un cacophonique cocktail de langues. Il sera bien difficile d'éprouver une émotion devant tel masque africain posé au musée du quai Branly, au coeur d'une immense vitrine et inondé de la lumière de spots halogènes. Même impression dans les monuments historiques transformés en musées. Où est le charme de Chenonceau les jours où des hordes de touristes envahissent ce qui fut un havre de paix et un nid d'amour ? En revanche, une cathédrale pleine lors d'une fête religieuse, la galerie des Glaces de Versailles parée de tous ses atours à l'occasion d'un banquet d'Etat, un château transformé en hôtel, comme savent si bien le faire les Espagnols, font oublier leur âge et la respectabilité qui s'attache à leur fonction de monument historique.
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