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. Kateb Yacine, le coeur entre les dents : biographie hétérodoxe

Couverture du livre Kateb Yacine, le coeur entre les dents : biographie hétérodoxe

Auteur : Benamar Mediene

Préface : Gilles Perrault

Date de saisie : 18/12/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : R. Laffont, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-221-10733-1

GENCOD : 9782221107331

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  • La présentation de l'éditeur

«On n'a jamais lu une biographie écrite de cette façon...
C'est une irruption poétique.
Le lecteur en reste médusé.»
Gilles Perrault

Kateb Yacine (1929-1989) est une des figures les plus singulières et les plus attachantes de la littérature francophone de l'après-guerre. Poète, romancier et dramaturge, l'écrivain algérien a laissé une oeuvre forte et novatrice, tout entière tournée vers la défense des libertés, contre les intégrismes.
Jeté en prison à l'âge de quinze ans, Yacine devient un ferme militant de l'indépendance algérienne. Dès ses premiers écrits, il doit subir les anathèmes des muphtis. Le jeune Yacine se moque de la religion, blasphème, chante haut et fort les plaisirs de la vie. Il dérange. Une fatwa lancée contre lui le contraint à l'exil.
À sa sortie, en 1956, son roman Nedjma, unanimement salué par la critique, s'impose comme un classique. Yacine devient l'ami de Jean-Marie Serreau, de Gatti, de Vitez et du couple Sartre-Beauvoir. Il reçoit en 1986 le Prix des lettres françaises. En 2003, une adaptation théâtrale de Nedjma est entrée au répertoire de la Comédie-Française.
Restituer la vie d'un personnage nomade pour qui la vie, l'amour, la liberté, l'écriture, la révolution n'ont de sens que dans la passion, tel est le pari que relève Benamar Mediene. En mêlant ses souvenirs au chant puissant de son ami disparu, il redonne corps et voix aux fulgurances poétiques de Kateb Yacine. Comme autant de souvenirs lumineux scandés de joies ou de colères éruptives et inspirées, l'ensemble de ces confi­dences fraternelles forme une biographie originale qui, à l'image de son sujet, rayonne comme un «polygone étoile».





  • La revue de presse Rosa Moussaoui - L'Humanité du 18 décembre 2008

Auteur d'une biographie atypique, intitulée Kateb Yacine, le coeur entre les dents, ami de l'écrivain, Benamar Mediene brosse le portrait haut en couleur de ce personnage à la fois baroque, extravagant et tragique, en y associant le grand peintre M'Hamed Issiakhem, compagnon de Kateb. Une évocation tissée d'anecdotes et de retours sur l'oeuvre et l'engagement communiste de l'écrivain et dramaturge, inventeur d'un continent imaginaire, l'Anafrasie, dans lequel il se fit l'inflexible défenseur des «ânes» prolétaires contre les «frères monuments» du pouvoir. De la «scène primitive» que fut pour Kateb le massacre du 8 mai 1945 à Sétif jusqu'à son enterrement, d'où fut congédié le mufti par une foule entonnant l'Internationale, Benamar Mediene retrace le parcours d'un poète révolutionnaire, qui n'eut de cesse, toute sa vie, de subvertir dans un même geste la langue et l'ordre existant.


  • La revue de presse Sofiane Hadjadj - Le Monde du 3 novembre 2006

Mais Kateb vécut, c'est peu dire, une vie engagée, terriblement romanesque aussi. Benamar Mediene la raconte ici, lui qui fut un témoin privilégié, accompagnant l'écrivain dans de longues marches, de Paris à Alger, aux heures les plus dures...
Et comment donner la pleine mesure d'un tel personnage ? Si exubérant, baroque, qui avoue lui-même être "insupportable et imprévisible", bifurquant sans cesse, tissant une toile aléatoire mais puissante, dessinant la figure géométrique qui allait faire sa renommée : le polygone étoilé...
Mediene, dans une écriture au lyrisme inspiré mais parfois lassant, traque à travers le portrait de Kateb une obsession, esquisser le portrait d'un pays - la sauvagerie coloniale, les lendemains d'indépendance, la révolte qui gronde à la fin des années 1980 puis les années noires du terrorisme islamiste.



  • Les premières lignes

Anathème ! Anathème !
Retour aux Âges Farouches !
Retour aux Temps des Cannibales Incestueux !
Samedi 28 octobre 1989, Kateb Yacine meurt à Grenoble. Sa voix saccadée traverse l'espace et le disloque. Suspendue dans l'orage : où aller ? s'interroge la voix. Sur quel sol fixer le corps vide qui la fait résonner ? Télescopage des temps. Dérive des continents. Boulet rouge du soleil assombri d'une perfide éclipse. «Avec quelle boussole m'orienter ?» s'interroge le poète au déclin de son agonie, crachant la terre natale par la poitrine pour si peu de poussière qui monte à la gorge avec ce vent de feu brûlant ma gorge. «Irai-je, le coeur entre les dents, vers cette terre humide et entr'ouverte tenant les arbres par la racine ? Retombé en enfance, irai-je m'allonger sur la fraîcheur des pierres et me couvrir de cette terre oubliée, alors que sa vieille ardeur se rallume ?» La voix de Yacine se fait murmure comme l'eau sur les cailloux de la Source aux illusions. Ailleurs, une mémoire bouillonne. Il n'en sort plus qu'une rumeur aride. Haineuse. Hostile comme mille javelots lancés aux flancs d'un fauve déjà terrassé et qui, obstiné, tente encore de se relever.
Dimanche 29 octobre, l'impatient muphti El-Ghazali, cumulant titres et éminences, intime conseiller spirituel du président de la République algérienne et de Madame, prononce une fatwa d'excommunication, aggravée d'une relégation au-delà des territoires de l'Islam, du corps gisant du poète Kateb Yacine. Telle une homélie papale urbi et orbi, il la notifie par la voie des ondes aux citoyens d'Algérie, aux croyants et aux mécréants du monde : «Hérétique, Kateb Yacine le fut dans sa vie. Maudit, il le sera pour toujours, sans miséricorde ni rédemption possible. Il ne mérite pas d'être enterré en Algérie ! Il ne doit pas l'être dans un cimetière musulman !» Fureur censoriale !
Surpris par la vindicative sentence, le poète aimerait comprendre. Peut-être a-t-il envisagé cette condamnation. Je lis. Habille-toi, ma mort, allons au cimetière passer une heure avec les spectres. Si je trouvais encore un coeur de loup à vendre, ce ne serait qu'un jeu, pour moi, de tout comprendre. Nuage de Fumée, son légataire, son porte-voix, a compris. Il s'adresse au muphti : O seigneur menacé jusqu 'au fond de ton trône, je te vois poursuivi, brûlé en ma personne par un courroux annonciateur de peste maghrébine et de sables pervers...
Le poète s'obstine à vouloir rester debout. À rendre mot pour mot, coup pour coup. Il a tout prévu, tout écrit. Il pense à son aïeul, dernier orphelin de Grenade venu mourir au bord des lèvres sèches du Rummel. Le poète s'obstine, renoue la trame de ses exodes et, comme l'animal transpercé du feu des lances, laisse son coeur éclater entre les dents.


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